Qui l’ a vue mourir? (Restauration 2K) Sortie Blu-ray chez Frenezy Editions.

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Signé Aldo Lado, un Giallo aussi troublant que tragique.

Venise, en visite chez son père le sculpteur Franco Serpieri (George Lazenby), la petite Roberta  disparait avant d’être retrouvée assassinée. Tandis que l’enquête de  police piétine, un ami de Franco découvre un lien entre cette affaire et le meurtre d’une autre petite fille rousse, quatre ans auparavant en France. Avant de passer seul derrière la caméra pour Je suis vivant ! (1971), Aldo Lado a été assistant-réalisateur pendant une dizaine d’années dans de nombreux films de genre mais, aussi, aux côtés d’auteurs reconnus tels que Bernardo Bertolucci, comme pour Le Conformiste, (1970). Qui l’a vue mourir ? puise sa force et sa singularité de ce double apprentissage. Dès l’incipit, un glaçant meurtre d’enfant, les codes du Giallo sont posés : silhouette dissimulé d’un tueur   sanguinaire, intrigue haletante, ils seront par la suite convoqués parcimonieusement et maniés à la perfection  jusqu’au bouquet final. Un mystère accentué par la partition d’ Ennio Morricone, qui, sur une de ses rythmiques familières, intègre les murmures d’une comptine.   Contrairement à Dario Argento qui se délecte à étirer les acmés horrifiques, Aldo Lado fait preuve d’une concision toute aussi efficace – brièveté des plans, cadrages suggestifs; la scène dans la salle de cinéma étant la meilleure des illustrations.  Une forme d’élégance, en quelque sorte !

Comme le souligne Gilles Esposito dans le Mad Movies de Janvier 2024, Venise est un merveilleux terrain de jeu pour un réalisateur qui en connaît les moindres recoins (1). Labyrinthique, étroite, la topographie de la ville, dont on découvre ici des lieux peu arpentées par ailleurs, regorge de cachettes surprises, autant pour le tueur que pour le voyeurisme de la caméra. Dans la cité des Doges, rendue mortifère par ses habits d’hiver brumeux, errent sans vie les parents en quête de justice, étouffés par le poids de leur culpabilité. À l’instar du bouleversant Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1970), accueillant un couple de parents également traumatisé par la perte de leur enfant, pèse sur Venise une atmosphère surréaliste, fantastique. En se lovant dans un genre aussi spectaculaire que  le thriller, Lado ne relègue pas pour autant au second plan la dimension tragique du récit. Les deux strates avançant de concert, dans un premier temps dans les moments de partage entre la fille et le père, puis dans le portrait du couple en pleine décomposition. Une douleur que le beau visage de la mère, Elizabeth (Anita Strindberg), exprime intensément lors des quelques plans rapprochés, sensuellement éclairés.

Conformément aux vertus du Giallo, la sexualité joue sans réserve son rôle de trouble-fête. En dévoilant leur face cachée, les principaux protagonistes oscillent tour à tour  entre le statut de futures victimes et celui d’assassin présumé. Sadomasochisme, emprise, attirance pour de jeunes enfants, de nombreux secrets se cachent derrière les portes closes. Là aussi, Aldo Lado transcende les attendus du genre. Astucieusement distillé, ce parfum de provocation ne dissout pas la dimension humaine des seconds rôles, qui sont croqués, à des degrés divers, avec suffisamment de complexité pour susciter des élans d’empathie provisoire, comme le journaliste tactile, ami de Franco. Non sans une pointe d’ironie, en la personne du bien nommé avocat philanthrope, Bonaiuti. L’ambiguïté des personnages venant ainsi donner toute sa consistance à l’opacité de l’enquête. Fréquemment cité comme le plus beau fleuron de ce genre transalpin, Qui l’a vue mourir? se doit de figurer incontestablement dans votre DVDthèque.

Le Blu-ray est sorti  en janvier chez Frenezy Éditions. Soulignons le très beau travail réalisé par l’éditeur, tant au niveau de la  présentation du Blu-ray que de la restauration supplémentaire par rapport à l’édition précédente de chez The Ecstasy of films. Sans oublier les quatre entretiens en bonus, dont celui d’Aldo Lado.

(1) Le Mad Movies n° 378. Janvier 2024 rend un hommage éclairé à Aldo Lado qui nous a quitté en décembre dernier.

 

 

Titre original : Chi l'ha vista morire?

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Durée : 94 mn


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