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Michou d’Auber

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Scénario, jeu d´acteurs, réalisation, thèmes abordés : tout, dans Michou d´Auber, fait penser à un téléfilm. Le terme n´a rien de péjoratif en soi, certaines productions pour la télévision se révélant de bonne facture. Mais là, on se situe clairement dans le très bas de gamme, dans le téléfilm estampillé par la plus grande chaîne […]

Scénario, jeu d´acteurs, réalisation, thèmes abordés : tout, dans Michou d´Auber, fait penser à un téléfilm. Le terme n´a rien de péjoratif en soi, certaines productions pour la télévision se révélant de bonne facture. Mais là, on se situe clairement dans le très bas de gamme, dans le téléfilm estampillé par la plus grande chaîne audiovisuelle nationale privée, croisé avec certains éléments du journal d´informations de 13h de cette même chaîne.

Mise en situation : Messaoud, neuf ans, enfant maghrébin d´Aubervilliers, est placé dans une famille d´accueil du Berry profond, malgré la réticence initiale de Gisèle (Nathalie Baye, mollassonne), la maîtresse de maison. C´est que l´on est en 1960, et en ces temps de Guerre d´Algérie, les gens d´origine algérienne sont très mal perçus. Elle a alors, telle un ange gardien qui aurait mérité de recevoir le nom de Joséphine, l´idée de cacher l´identité du gamin en le renommant Michel d´Auber (son petit surnom sera Michou) et en lui teintant les cheveux en blond. Son mari, le père Georges (Depardieu, exaspérant de cabotinage), un ancien de l´Indochine, s´attache progressivement au petit jusqu´à le considérer comme son propre fils.

Passons sur le désastreux jeu d´acteurs (le petit Samy Seghir est soit incroyablement mal dirigé, soit mal choisi), sur la mise en tension absolument artificielle de certaines situations, sur la faible intensité qui se dégage du << film >> et sur la mise en scène au plus au point soporifique, pour surtout dire à quel point Michou d´Auber est énervant, voire offensant. Voici un << film >> qui s´inscrit dans des thèmes d´actualité tout en les contournant, par volonté de plaire au plus grand nombre certainement, donnant au final une vision des choses non pas neutre, non pas faussement naïve, mais niaise. On reprochera moins au film de Thomas Gilou (La Vérité si je mens) de se perdre entre ton comique et ton tragique que de se réfugier derrière des idées grandiloquentes comme << l´humanisme >> qu´il vice lui-même par son manque de justesse et de finesse (le personnage de Depardieu, qui symbolise cette volonté << humaniste >>, est grotesque). Comme si il fallait ne pas aller trop loin, ne pas froisser les susceptibilités, ne pas s´engager, ne pas trop réfléchir non plus, et livrer un << film >> certes très facile d´accès, mais surtout terriblement fade.

Michou d´Auber porte en lui sa plus fatale contradiction. Il adresse un message d´acceptation des différences et de l´altérité. Français ou algérien, qu´importe, nous sommes tous des hommes. Mais cette tendance << humaniste >> (notion d´ailleurs allégrement galvaudée par une connotation morale pleine de bons sentiments, alors qu´elle est porteuse d´un débat lourd de sens), qu´on pourra ici traduire tant bien que mal par une volonté de toucher quelque chose d´universel, est bornée par un rétrécissement absolu des perspectives proposées. La raison en est toute simple : le récit est cantonné au microcosme du Berry profond. Il aurait été possible de réaliser un film très intéressant en se positionnant tout d´abord sur un point de vue particulier, puis en tendant à l´universel (ce que finalement font de nombreux grands films). Michou d´Auber n´a pas le mauvais goût de tomber dans la caricature, mais il échoue dans ce mouvement tout simplement… parce qu´il ne parvient pas à cerner ce qu’il y a d´universel et d´intemporel dans la condition et la situation du Berry des années 1960.

Le thème traité était donc pourtant très fort, sa portée cognitive aurait pu être puissante. Mais traiter au cinéma de l´universalité et de l´humanisme ne peut se faire que si, justement, on parvient à montrer en quoi ses deux notions sont fondamentalement différentes. Thomas Gilou procède d´un amalgame assez fâcheux, si bien que son film et ses personnages ne nous paraissent ni universels, ni humanistes. Seulement niais.

On se dit plutôt que dans une société qui a peur, peur de l´altérité, peur de l´avenir, peur d´avancer seule mais sans pour autant accepter la collaboration, montrer que les problèmes actuels étaient déjà ancrés dans la France profonde des années 1960 procédait d’un réflexe passéiste rassurant, le meilleur moyen de toucher le plus grand nombre. Idée qu´il ne sera pas permis, dans son principe, de remettre en cause (ou ce serait par ricochet critiquer le principe du journal de 13h de Jean-Pierre Pernaut). Car vouloir rassurer les gens, comme le font les films de super héros hollywoodiens, n´a rien de révoltant en soi. C´est la niaiserie proposée qui effraie, ainsi que l’incapacité à s’extraire de facteurs contigents afin de s’affranchir de barrières temporelles. Finalement, aucun élément du film n´est traité avec une once de finesse, du thème de l´identité à la dénucléarisation de la cellule familiale en passant par le choc des cultures.

Il est pourtant fort à parier que Michou d´Auber trouvera son public, dans les salles ou plus sûrement lors de sa diffusion en << prime time >> sur la première chaîne audiovisuelle privée française, où il a assurément plus sa place. Or comme la majorité a toujours raison…

Titre original : Michou d'Auber

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Durée : 125 mn


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