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Mademoiselle Chambon

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Avec Mademoiselle Chambon, le jeune réalisateur Stéphane Brizé nous livre une mièvre romance dans un petit village. Décevant.

Quand Pialat filmait la banalité, la vie, les conversations, c’était une fête, et quand il tenait la gueule de Depardieu au bout de sa caméra, l’émotion était intense. Pas un instant de répit dans la lenteur. Mais c’était Pialat.

Stéphane Brizé, lui, de son côté, vient de livrer Mademoiselle Chambon, une histoire d’amour entre un maçon interprété par Vincent Lindon et une institutrice jouée par Sandrine Kiberlain. Belle affiche. L’histoire promet d’être belle et on l’aborde avec un certain optimisme. Qui ne tarde pas à blêmir : dès la première scène, qui paraît interminable, figée, un mauvais pressentiment nous assaille. Les dialogues sonnent mal et l’on se dit que c’est un mauvais moment à passer, car il faut bien laisser au film un petit temps d’adaptation. Les plans se succèdent pour montrer les protagonistes au travail : l’un au ciment, l’autre dans une fabrique de cahier. Le film s’installe sur un faux rythme. On voudrait croire à l’atmosphère rustique, tranquille d’un village. Mais non. C’est une langueur monotone qui prévaut. Puis arrive la rencontre entre Mademoiselle Chambon et Jean… Brizé veut nous faire croire à un coup de foudre mais c’est peine perdue, tellement téléphoné que l’on en reste interdit. Lindon paraît complètement ailleurs et sa partenaire aussi, les mots tombent à plat, les stratagèmes de séduction sont grossiers et lourds. À aucun moment, ni le désir ni les sentiments ne crèvent l’écran. Les personnages paraissent incroyablement amorphes. Vincent Lindon semble mal à l’aise. La scène du baiser est presque ridicule, prostrée. Le réalisateur a sans doute voulu montrer la fascination réciproque qui se joue entre un ouvrier et une intellectuelle un peu artiste. D’un côté le violon de l’institutrice et de l’autre la truelle de Jean. Même cette idée est mal amenée, téléphonée toujours.

La non-performance de Lindon, corps massif au cœur gros comme ça, qui nous a habitués récemment à des rôles puissants, déconcerte. Quant à ses deux partenaires, Aure Atika et Sandrine Kiberlain, elles sont inexistantes. On peut se demander ce qu’a fait le réalisateur de la première, lorsqu’on se souvient de sa performance dans De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard…

Il y a mille et une façons de filmer une histoire d’amour, ses affres, et même avec un canevas des plus classique, certains produisent encore et toujours des chefs-d’œuvre sur ce thème vieux comme le monde. Par exemple dans Two lovers (2008), Joaquin Phoenix traînant la patte, dépressif à souhait, nous captive avec son cœur pris en tenaille entre deux sublimes créatures. N’est pas James Gray qui veut.

En définitive, que peut-on souhaiter au film de Stéphane Brizé, sinon du succès malgré tout ? Il doit y avoir un public adepte des larmes de crocodile. Surtout par temps de crise.

Titre original : Mademoiselle Chambon

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Genre :

Durée : 81 mn


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