Les esprits libres

Article écrit par

Entre utopie et réalité, un rêve contre l’EHPAD qui se réalisera enfin ?

Expérience thérapeutique

Espérons que ce film documentaire – le troisième de Bertrand Hagenmüller après Les pieds sur terre en 2017 et Prendre soin en 2019 – ne demeurera pas une belle utopie. Ce beau film nous raconte l’histoire d’une folle aventure où patients atteints de la maladie d’Alzheimer et soignants se rejoignent pour vivre une expérience thérapeutique unique faite de théâtre, de musique et de poésie. Dans cette grande maison ouverte, l’accompagnement prend une tout autre forme : plus de blouses blanches ni de couloirs aseptisés, mais des esprits libres et bien vivants. Et c’est beau, très très beau. En sélection officielle pour le festival Fipadoc 2025 !

Un autre regard sur la vieillesse et la maladie

Des soignants et des résidents d’un EHPAD de la région parisienne, décident de se lancer dans un projet hors-norme : vivre ensemble pour écrire un spectacle fait de théâtre d’improvisation, de musique et de poésie. Dans cette aventure, ils sont accompagnés d’une art-thérapeute, Emanuela Barbone, de trois musiciens (dont Tom Georgel, compositeur de la musique du film) et d’une poétesse, Mélanie Leblanc. Certains soignants font même le choix de venir en famille, avec leur partenaire et leur enfant. Loin des enfermements psychiques et physiques que l’on connaît généralement en institution, se développe sous nos yeux une expérience thérapeutique unique faite de douceur et de poésie, qui nous invite à poser un nouveau regard sur la maladie et la vieillesse. 

S’ouvrir au monde

« Au théâtre, s’est ajoutée la musique très présente dans le spectacle mais aussi dans le quotidien du vivre-ensemble à travers les bals du soir et les danses improvisées, rappelle le réalisateur dans le dossier de presse du film, mais aussi la poésie grâce notamment aux ateliers d’écriture menés par la poétesse Mélanie Leblanc. “Une belle équipe qui a eu du talent !” comme le dit Didier, un des patients engagés dans l’aventure. » Dans ce petit château, entouré d’un beau jardin et pas loin de la mer en Bretagne, les résidents dorment à deux dans une chambre. Tout le monde se tutoie, se soutient, aide aux menues tâches quotidiennes quand ils en ont envie, ou quand ils le peuvent. Pas d’instruments médicaux, pas de passage d’une infirmière débordée ouvrant les becs pour enfourner des médocs abrutissants. Et le résultat est saisissant. On voit ces visages au préalable murés s’ouvrir au monde, donner de la joie et quitter la crainte, voire la terreur devant cette maladie oppressante. C’est le signe fort qu’envoie ce film qui parvient même à convaincre le plus sceptique des spectateurs et espérons qu’il sera soutenu par les pouvoirs publics. Car le rêve de cette équipe de soignants et d’artistes, et du réalisateur aussi bien sûr, est de parvenir à la généralisation de cette expérience. Par les temps qui courent, avec les restrictions budgétaires scandaleuses au niveau de la santé, mais aussi de la culture, alors que les personnes âgées sont confinées dans des mouroirs, on en doute un peu. Mais il existe un comité pour les soutenir : retrouvez leur campagne et prenez part au mouvement en les rejoignant sur www.lesespritslibres.film 

Les « acteurs » et les soignants musiciens

Les images de Julien Gidoin sont très belles et les patients acteurs sont magnifiques. Il faut les citer tous : Nicole, Didier, Anne-Marie, Antoine, etc. ; les soignants : Justine, Manuela, Kaël, Steven, etc. et les artistes : Tom et Mélanie ainsi que les quelques petits enfants qui apportent au passage de la vie et de l’espoir. Merci pour cette bouffée d’espoir qui change d’un quotidien désespérant. 

Réalisateur :

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 94 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..