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Le Hussard sur le toit (1995)

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Cinq ans après Cyrano de Bergerac, Jean-Paul Rappeneau adapte de nouveau un des monuments de la littérature française, Le Hussard sur le toit, de Jean Giono, écrit entre 1945 et 1951.

1832. Angelo Pardi, jeune colonel italien, a fui son pays, menacé par ses opinions politiques. Il vit désormais à Aix-en-Provence, où il est bientôt retrouvé par les autrichiens, qui veulent tuer ce hussard révolutionnaire. Débute une course poursuite dans une Provence paralysée par une épidémie de choléra. A Manosque, il rencontre Pauline de Théus.

Projet d’avance classé « au patrimoine » du cinéma français, Le Hussard sur le toit fut une grosse production nationale, destinée à la fois au public français mais aussi à l’exportation, en vue d’une promotion de la culture littéraire française, et si l’on peut dire, du tourisme en Provence. Le tournage eut lieu dans pas moins d’une centaine de lieux différents, dura 6 mois, et coûta 176 millions de francs (2 millions 640 000 euros), ce qui en fit à sa sortie le plus gros budget du cinéma français. La Provence, aussi belle et ensoleillée que dangereuse, est filmée dans la plus sage tradition classique, associant lumière jaune et ocre, avec des paysages de cartes postales en larges plans. C’est la Provence que l’on pouvait imaginer rêver, et c’est celle que nous offre Jean-Paul Rappeneau.

L’intrigue se résume en un long voyage dans une région menaçante et encombrée de barrages de police. Avant la rencontre des deux héros, Angelo découvre seul, accompagné des spectateurs, les ravages du choléra, notamment à Manosque, où la foule, à la recherche d’un coupable, « l’empoisonneur des puits », court les rues et tue à peu près tout le monde. Le choléra révèle aux hommes leurs sombres natures, et de leurs peurs naissent les plus absurdes accusations.

Le jeune homme, lui aussi poursuivi, va se cacher pendant quelques jours sur les toits ensoleillés de Manosque, avec pour seul compagnon un chat de gouttière. Jean-Paul Rappeneau restitue bien ce court moment du roman, titré ainsi, où le jeune hussard, éloigné de la folie des hommes, calme au-dessus d’eux, s’offre le loisir de parler à un chat, et de penser à haute voix à sa mère. Jolis plans des toits jaunes et poussiéreux, où la fuite en avant d’Angelo semble pour une fois avortée. Ces quelques scènes sont d’ailleurs l’anticipation de la rencontre entre Pauline et Angelo.

Giono s’était surnommé le « voyageur immobile », lui qui naît  à Manosque et a vécu la majeure partie de sa vie en Provence, n’hésita pas à décrire des contrées qu’il n’avait jamais visitées. Ainsi, dans le film, les deux compagnons de route vont et viennent dans la région, se heurtent aux barrages, aux quarantaines, se disputent, font demi-tour, changent d’itinéraire, pour finalement arriver…pas bien loin. Cette quête a priori dérisoire de destinations (pour lui, l’Italie, pour elle, le village de Théus), cette déambulation qui scellera leur sentiment amoureux, est le plus joli rappel, pour dire que le genre road-movie est le cadre idéal à la romance.


Par ailleurs, l’argument cinématographique du choléra offre au spectateur les meilleures séquences du film. En effet, la maladie, aussi fulgurante qu’invisible, menace les hommes malgré la fuite, la quarantaine, les médicaments miracles vendus par des charlatans et  sème la peur. Seul Angelo, instruit par un médecin, n’hésite pas à s’approcher des malades, les toucher et tente en vain de les soigner. Le jeune homme, gentilhomme bon et valeureux, restera le seul personnage à ne pas craindre la contagion, sa noblesse de cœur semblant lui garantir le « salut ». La manifestation de la maladie, dont les premiers signes sont une froideur annonciatrice de la rigidité, corps pâle, yeux cernés et visage déjà cadavérique, donne l’occasion au réalisateur de représenter la mort en marche, effrayante, avec des plans aussi construits que des tableaux filmés. Une des dernières scènes du film, où Pauline raccompagne Angelo, est peut-être la plus fulgurante : celle-ci, vêtue d’une luxueuse robe blanche, monte des escaliers en portant un chandelier. Elle se retourne vers le jeune homme, et c’est le visage du choléra que nous contemplons alors, horrifiés par le retour soudain de la maladie dont nous pensions être enfin débarrassés.

Pourtant, ce plan magnifique, a rapproché d’autres segments du film plutôt réussis (la rencontre de Pauline et Angelo, l’évasion de la quarantaine ou encore l’intrusion lors d’un repas de nantis). Cela n’empêche pas l’ensemble de manquer de consistance, et de frôler l’académisme, comme si le réalisateur, conscient d’un matériau si noble, n’avait pas oser y inscrire sa marque de cinéma. De même, et c’est un élément non négligeable puisqu’Angelo n’est autre que le Hussard sur le toit, l’interprétation d’Olivier Martinez n’est pas  à la hauteur du personnage, quand bien même sa distance et sa froideur sont des traits de caractère que Pauline lui reproche. Ainsi le film ne dépasse pas la cadre (et la contrainte) de l’adaptation littéraire stylisée et sage, finalement promis par un tel projet.

 

Titre original : Le hussard sur le toit

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Durée : 135 mn


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