Select Page

La Guerre est finie

Article écrit par

> Après Nuit et Brouillard (1955) et Hiroshima mon amour (1959), Alain Resnais, avec La Guerre est finie (1965), entre dans le monde mystérieux du militantisme. Avec Guernica (1949) – court métrage où Resnais nous présentait la toile de Picasso à travers son propre regard – il avait déjà mis un premier pied dans l´Espagne […]

<< Rêve et Révolution commencent par la même lettre >>

Après Nuit et Brouillard (1955) et Hiroshima mon amour (1959), Alain Resnais, avec La Guerre est finie (1965), entre dans le monde mystérieux du militantisme. Avec Guernica (1949) – court métrage où Resnais nous présentait la toile de Picasso à travers son propre regard – il avait déjà mis un premier pied dans l´Espagne franquiste. Ici, il met le deuxième, même si à l´origine, son oeuvre en collaboration avec le scénariste Jorge Semprun ne devait évoquer ni la politique ni l´Espagne. Raté. La Guerre est finie s´inspire très fortement d´un contexte politique particulier, bien ancré dans la réalité de l´époque.

La caméra suit Diego (superbe Yves Montand), militant professionnel, révolutionnaire espagnol exilé en France. Alain Resnais porte alors un grand intérêt à ce personnage hétéroclite, à la double vie du clandestin. Ce personnage est très intrigant dans ce qu´il a de fictionnel (on retrouve à travers lui le film de genre, le film policier où le héros est traqué, filé par la police) mais aussi d´autobiographique (Jorge Semprun a mis beaucoup de lui-même en Diego).

Afin de traduire cette vision du personnage et de l´époque dans laquelle il évolue, Alain Resnais a construit son film autour de scènes issues du passé et d´autres venues du futur. Car c´est en effet là la nature même du militantisme. Diego représente exactement ce personnage complexe, ce militant de la première heure qui commence à douter. Il se replonge dans le passé mais anticipe aussi l´avenir pour lequel il n´est pas aussi optimiste que ses camarades exilés en France. On ressent dans cette opposition le début du déclin du parti communiste. Il ne croit plus au moment très proche où quelque chose de grand va se passer. Il rejette cette idée de grève générale en Espagne organisée par un Bureau qui se trouve à Paris. Pour lui, tout ceci court droit dans le mur, c´est l´échec garanti.
Il incarne alors la difficulté même d´allier << le détail >> et << l´ensemble >>. Doit-on appréhender la réalité de près ou de loin ? Devient-on aveugle si l´on se trouve au coeur de l´action ou au contraire si l´on en est trop éloigné ? Pour lui, c´est sûr, il faut être dans le détail pour observer et comprendre la réalité. C´est d´ailleurs cette conception qu´il retrouvera – à une échelle plus extrême – chez les étudiants gauchistes, futurs activistes de mai 68, qui lui reprochent et condamnent le pacifisme, et d´une certaine manière l´attentisme, du parti communiste espagnol.

Vu 40 ans après sa réalisation, le film met aussi en lumière un décalage de générations, la différence entre le militantisme d´hier et celui d´aujourd´hui. A l´époque, après des guerres, le fascisme, en pleine période franquiste et quelques années avant les événements de mai 68, le militantisme semble être un véritable métier, quelque chose avec lequel on naît, qu´on a dans le sang. Actuellement, cette idée serait surtout une invraisemblance.

La Guerre est finie est aussi, en lui-même, un véritable paradoxe : film politique réalisé par Alain Resnais, lui-même guère politisé et engagé. Néanmoins on le retrouve bien dans la subtilité de son film qui ne donne pas de leçons et n´apporte pas de réponse toute faite, de chemin tracé à suivre. Il soulève avant tout -et c´est en ça qu´il est très réussi – une grande réflexion sur la notion du militantisme et de tout ce qui se cache derrière. On retrouve aussi sa griffe dans les scènes d´amour quasiment muettes mais très stylisées. La lumière et son jeu sont présents, les corps étudiés presque au microscope, la musique tient son rôle…on a même parfois la sensation de se retrouver dans certaines des scènes érotiques de Hiroshima mon amour.

La Guerre est finie marque alors une époque et suscite réflexion. Rien qu´en cela il demande à être découvert ou redécouvert, tout en se replaçant dans son contexte.
Un véritable petit bijou qui ne ressemble en rien à ce qu´on peut voir aujourd´hui tant il est ancré dans son temps.

Titre original : La Guerre est finie

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 116 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Strange Days de Kathryn Bigelow

Strange Days de Kathryn Bigelow

Kathryn Bigelow avait signé son film le plus populaire avec le cultissime Point Break (1991),  œuvre où s’épanouissait enfin pleinement dans le fond et la forme sa quête d’un cinéma purement sensitif capturant frontalement l’adrénaline. Point Break constituait une...