La Fusée de l’épouvante (Sortie Combo Blu-Ray+DVD chez Rimini)

Article écrit par

Dans l’espace, personne ne vous entend crier, sur terre, tout le monde vous croit coupable.

Seul rescapé de la première expédition sur Mars, le Colonel Edward Carruthers (Marshall Thompson) est accusé d’avoir assassiné l’ensemble de son équipage. Ce dernier nie les faits et raconte comment un monstre importé de cette planète mystérieuse est en réalité à l’origine de ce carnage. Le Pitch de ce modeste film de science-fiction des années cinquante préfigure celui du chef-d’œuvre de Ridley Scoot; Alien (1978). D’ailleurs, Dan O’Bannon, son scénariste, reconnait humblement s’en être inspiré. Cette ressemblance, qui vaut à elle seule ce petit voyage dans l’espace,  s’arrête cependant au seul fil conducteur, car comme toute bonne cette série B, La Fusée de l’épouvante se veut essentiellement divertissante, conjuguant au premier degré les ressorts de l’action, du suspense et de l’effroi. Ne s’embarrassant ni de considérations psychologiques ni de réflexions métaphysiques, à l’instar des stéréotypes qui servent de cartes de visite aux personnages – on ne pourra s’empêcher de sourire au clivage homme-femme, notamment. Au-delà de ces considérations, ce moyen-métrage ne manque pas de charmes, auxquels seront tout particulièrement sensibles les nostalgiques des années 70  qui retrouveront ici l’esprit des meilleurs épisodes de Cosmos 99, mythique série S.F en noir et blanc qui enchanta nos samedis après-midi. D’autres visages télévisuels se rappelleront également à nous, comme celui de Dabbs Greer, le révérend de La petite maison dans la prairie.

Produit forcément avec peu de moyens, les décors fleurent bon l’artisanat et le recyclage. La maquette miniature de la fusée, surtout en phase de décollage, possède la même naïveté que celle des Sentinelles de l’espace, série d’animation des années soixante. Pour l’intérieur de l’engin spatial, l’exiguïté des lieux est un atout indéniable pour ne pas être dispendieux. Habilement; une bouche d’aération, une trappe d’accès qui menace d’imploser, un escalier en lien avec le hors-champ, servent la tension qui atteint rapidement son rythme de croisière. La gestion de la créature relève de ce même équilibre entre le mystère et l’apparition. Fidèle au credo de Jacques Tourneur et Val Lewton :  voir le moins et plus tard possible la créature, participe à son pouvoir. Processus classique qui commence par une patte menaçante avant de révéler une carcasse similaire à celle de L’étrange créature du lac Noir (Jack Arnold, 1954), sans oublier les toujours efficaces ombres murales. Visiblement peu effrayant lors des corps à corps avec ses victimes, le monstre retrouve tout son impact lors des gros plans « gueules » – une belle réussite pour l’époque. Sans prétention, mais avec une belle efficacité, à défaut de devenir culte, La Fusée de l’épouvante mérite d’être exploré en Blu-Ray/ DVD.

La Fusée de l’épouvante, sortie Combo Blu-Ray+DVD chez Rimini , 8 octobre 2023.

 

 

 

 

Titre original : It! The Terror from Beyond Space

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre : ,

Pays :

Durée : 69 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..