Kill me please

Article écrit par

Après les tribulations d´un serial-killer belge, La Parti Production aborde l´épineuse question de l´euthanasie. Un casting ébouriffant pour une comédie où l´on rit, fait suffisamment rare pour être souligné.

Les producteurs de C’est arrivé près de chez vous persistent et signent avec cette petite perle au comique ubuesque. L’euthanasie est ici l’odieux prétexte pour un huis clos macabre au sein de la clinique du Dr Krüeger. Ses patients s’y répandent en complaintes afin d’obtenir le sésame pour un suicide médicalisé. Ces saynètes sont l’occasion de saisir ces sociopathes en puissance qui vont bientôt comprendre qu’on ne se joue pas de la mort en toute impunité.
A l’heure de la réforme des retraites, rire d’un sujet aussi grave peut sembler irrévérencieux ; toutefois Barco trahit par sa mise en scène l’illusion réaliste de ce vrai-faux documentaire: le cadrage d’une caméra à l’épaule mal assurée, le grain si caractéristique du noir et blanc… Un noir et blanc propice aux outrances visuelles les plus gores là où la couleur aurait constitué un frein. On reconnait les outils d’une grotesque parenté lorsqu’au fil des entretiens, la galerie d’acteurs vire peu à peu au bestiaire. L’isolement, la clinique est le catalyseur des peurs les plus primitives de chaque patient, exaltant ainsi leur bestialité, là où il est plus aisé de se soustraire au regard d’autrui et des conventions morales. Dans ce trompe-la-mort s’invite un casting ébouriffant et ce malgré un budget modeste : Saul Rubinek, Bouli Lanners, Poelvoorde et Virginie Elfira. Le réalisateur les saisit via des gros plans déformants, des contre-plongées comme pour mieux décliner cette pente douce vers l’animalité lors de la première demi-heure. Bref autant de subterfuges qui ramènent soigneusement ce joli petit monde vers la plus sanglante des curées.
 
Comme dans toute bonne comédie, les dialogues sont ciselés, quasi chirurgicaux, célébrant l’absurde logorrhée de ces candidats au suicide ; la médecine se fait alors un vain verbiage tandis que la folie s’érige en norme. La grande faucheuse pose ainsi les jalons d’un « équarrissage » généralisé en devenir. Un glissement sémantique qui trahit plus un attrait pour Boris Vian que pour la viande rouge. Dans L’Equarrissage pour tous, la même veine burlesque précipite collabos, résistants, poétesses, existentialistes dans une fosse équarrir. Au final, un grotesque retour à la terre en guise de Libération pour une société française enfin entrée en communion. Si le rire est assimilé au désespoir des faibles, il lui appartient parfois de soulager une humanité que se disputent et la transcendance et l’animalité.
Plus sérieusement, Kill me please est une comédie dont l’outrecuidance flattera les zygomatiques les plus exigeants tout en distillant cette chaste maxime en leurs cœurs enjoués: on ne se joue pas de la mort en se drapant dans une posture stoïcienne surannée. Mourir ne peut être que d’une brutalité des plus triviales tant c’est l’antithèse de l’existence. Olias Barco nous délivre un remède à ce « péage obligé » : rire de la mort à défaut de s’en jouer, se taper sur le ventre et taper sur le dos de ce sujet soi-disant sérieux. Voilà un film que n’aurait pas renié notre vingt-et-unième président de la république quand il préconisait cette ultime parade : « Il faut mépriser l’évènement, avoir la passion de l’indifférence ».

Titre original : Kill Me Please

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..