Colocs de choc

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Lutte et souvenir

Manon, une adolescente introvertie de 16 ans, se voit obligée de cohabiter avec sa grand-mère Yvonne, ex-militante féministe atteinte de la maladie d’Alzheimer. La situation se corse quand Yvonne, commence à prendre Manon pour sa fille. Contre toute attente, Manon entre dans les délires d’Yvonne et rejoue le rôle de sa mère qu’elle n’a presque pas connue. C’est l’occasion pour elle de découvrir la véritable histoire des femmes de sa famille et d’apprendre, à son tour, à en devenir une.

Le film commence par une scène dans un supermarché des environs de Bruxelles : une dame âgée, Yvonne, avec son cabas à roulettes, arpente les rayons en s’emparant de plats frais identiques en grande quantité, puis de nombreuses boîtes de préservatifs. D’abord amusé, le spectateur se rend compte que le personnage ne réagit pas normalement : en effet, Yvonne (Hélène Vincent) est atteinte de la maladie d’Alzheimer, et ne peut plus vivre en autonomie. Son gendre Laurent (Olivier Gourmet), et sa petite-fille, Manon (Fantine Harduin), après une concertation délicate, notamment avec la neurologue (Emilie Dequenne), décident de s’installer dans la demeure d’Yvonne.

 

L’un des points forts de ce long-métrage réside dans l’utilisation de ce lieu à l’aspect vintage : tout, des papiers peints aux objets conservés, respire la permanence d’un passé parfois douloureux -la mort de la fille d’Yvonne et mère de Manon, Colette- ou militant, avec les tracts et affiches révélant l’engagement féministe très poussé de l’ancienne avocate qui cache, malgré sa maladie, une forte personnalité de vieille dame indigne au langage cru, et aux positions affirmées en faveur de l’émancipation des femmes depuis les années 70.

Et c’est en découvrant les effets de la mère prématurément disparue, dans la chambre qu’elle occupait et que l’adolescente occupe désormais, que Manon va se transformer, jeune fille introvertie, en une jeune femme effectuant l’apprentissage du cœur, du corps, mais aussi de l’être et de l’esprit. Yvonne, considérée initialement comme une charge, va ainsi devenir un philtre révélateur de la conscience féministe de sa petite-fille. Mais aussi de son amie du lycée, Ludivine. Les deux copines connaissent alors une métamorphose au gré des fouilles dans les boîtes et placards de la maison : caméscope dans lequel nous apercevons via le regard et l’œil de Manon une scène de danse de la mère dans une discothèque des années 90, un lecteur cd, des disques de playlists de 1995, mais également des vêtements courts et flashys, que Manon portera, telle la réincarnation de Colette. Le tout, sous le regard parfois nostalgique, parfois dépassé de son père, qui s’aperçoit de la distance graduelle les séparant.

Yvonne va ensuite confondre feue Colette et Manon : une inquiétante étrangeté s’installe narrativement, mais semble atténuée par les conseils de la neurologue incitant Manon et son père à continuer ce qu’elle considère comme une bonne démarche thérapeutique ! L’adolescente va se prendre au jeu, à cette comédie, mais avec excès parfois : la liberté comporte des risques, des mésententes temporaires avec les proches, ou des incendies familiaux. Elodie Lélu, au cours de son long-métrage, nous montre des univers mentaux, des schémas de pensée à décloisonner, à déconstruire, à travers une galerie de personnages touchants : nous pensons au voisin d’Yvonne, dont la sensibilité apparaîtra progressivement.

Film dévoilant une parenthèse enchantée, mais qui découle sur l’engagement de l’adolescente en faveur d’une autonomie assurée et assumée, comme une reprise de flambeau intergénérationnelle, Colocs de choc, par une réalisation sans effets calculés, un cadrage au plus près des personnages (surtout féminins), à la bande-son nostalgique, et par son interprétation impeccable, se déguste comme une friandise douce-amère sur la mémoire et l’engagement. Une œuvre prônant l’autonomie, quelle que soit notre condition. Une transmission.

Titre original : Rétro thérapie

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Durée : 87 mn


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