Select Page

Cannes Jour 9 : La course à la Palme d´Or continue…

Article écrit par

Au programme de ce carnet de bord cannois : « Melancholia » de Lars Von Trier, dont les propos houleux ont agité la presse hier, « La Piel que habito » d´Almodovar, véritable coup de coeur, Takashi Miike et son samouraï déconcertant et un film marocain présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Action !

Vue la programmation proposée au Festival de Cannes cette année, difficile de manquer un film en compétition. Ce « cinéthon » sur la Croisette permet un exercice intellectuel bien différent auquel on est habitué. Il arrive de voir quatre à cinq films dans la journée, commencer par une comédie légère, enchaîner avec un docu-fiction, un drame voire une réalisation gore.

En parallèle du genre de film, la touche de certains réalisateurs laissent quelques séquelles, souvent le soir-même de la projection, parfois le lendemain. C’est le cas de Melancholia, film en Compétition officielle de Lars Von Trier. Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg jouent deux sœurs que tout oppose, l’une s’appelle Justine (Kirsten Dunst), elle va se marier, elle est rêveuse, un peu malade, inconsciente ; l’autre s’appelle Claire (Charlotte Gainsbourg), elle est ordonné, droite, anxieuse. Une planète appelée Melancholia s’approche dangereusement de la Terre, que faire ? Lars Von Trier signe un film très inspiré de la publicité, d’une esthétique parfaite à mi-chemin entre l’évasion spirituelle et la dureté de la vie. Il dédie ce film aux femmes, aux sœurs, aux épouses. Le duo Gainsbourg/Dunst se marie bien face à une caméra qui laisse le temps d’observer ce qui est en train de se jouer. La peur, la haine, l’amour, tout se mélange et permet d’être subjugué par le scénario, écrit avec délicatesse et originalité. Cassons cet engouement pour le film suite aux propos du réalisateur, Lars Von Trier, lors de la conférence de presse qui a suivi le film : « Je comprends Hitler. Je pense qu’il a fait de mauvaises choses, oui absolument, mais je peux l’imaginer assis dans son bunker à la fin », créant un scandale et étant finalement déclaré persona non grata, exclu de Cannes… tout en gardant son film en compétition. Une première à Cannes…

Pour voir la bande-annonce de Melancholia, c’est par ici.

La Conquête a suivi la projection de Melancholia, dans une toute autre ambiance. La foule s’est précipitée dans le Grand Théâtre Lumière, rendant l’atmosphère électrique. Le film a été reçu mollement à Cannes. Sympathie pour les acteurs, reconnaissance du travail de documentation établi, mais n’a pas fait l’effet escompté.
 
Le coup de cœur de la Compétition revient à La Piel que habito, de Pedro Almodovar. Le réalisateur espagnol présente l’histoire d’un mari devenu veuf – Antonio Banderas sublime dans ce rôle – qui décide d’expérimenter toutes sortes de choses sur le corps d’un mystérieux cobaye. Suspens, surprise, tendresse et sensualité, la touche Almodovar de Volver ou de Tout sur ma mère se ressent instinctivement dans La Piel que habito, un thriller drôle et touchant. Il y a dans ce film une histoire contée avec délicatesse et subtilité, mêlant musique espagnole, amour déchu et besoin de vengeance. Almodovar, toujours passé à côté de la Palme d’Or, arrivera-t-il cette année à convaincre le jury ? On l’espère…

Pour voir la bande-annonce de La Piel que Habito, c’est par ici.

Moins convaincue en revanche par Takashi Miike et son film en Compétition Hara-Kiri : La mort d’un samouraï. Proposé en 3D – inutile voire dérangeante au passage – le film suit le désir de vengeance, là encore, d’un samouraï face à une armée d’autres hommes. Les scènes répétitives de sabres enfoncés dans le ventre, la mort montrée à outrance, la douleur filmée en longueur, le réalisateur a-t-il eu envie de donner la nausée à ceux et celles qui sont venus voir le film ? Côté technique, rien à dire, les scènes sont propres et s’enchaînent aisément. Hara-kiri : La mort d’un samouraï est un remake d’un chef-d’œuvre de 1963. On se contentera de l’original, même si l’on salue une première dans le Festival de Cannes, l’utilisation de l’effet 3D dans un film en Compétition.
 
Pour finir cette course aux projections vécue ces deux derniers jours, un film marocain, Sur la planche, de Leïla Kilani. Présenté à l’ACID, le film propose l’aventure de quatre femmes, séductrices et manipulatrices pour les unes, caractérielles et obstinées pour les autres. Au cœur de Tanger, le quatuor séduit des hommes pour mieux les escroquer, jusqu’au vol final…d’iPhone. Sur la planche joue la carte de l’attachement aux personnages, dans un cadre atypique, donnant une vision et un point de vue de la difficulté financière dans laquelle se trouve certains habitants, prêts à tout pour sortir de leur situation.
 
A venir cette semaine, un article de mon collègue à Cannes Csaba Zombori sur les films présentés dans la catégorie Un Certain Regard. Je vous retrouve samedi avec au programme d’autres films en compétition et l’interview d’Anne Azoulay pour son rôle dans le film, présenté à la Quinzaine, Léa. A demain !
 
Précédemment, dans notre saga cannoise:
Quand Cannes fait son 64e festival
Cannes Jour 1 : Les choses sérieuses commencent
Cannes Jour 2 : Des salles obscures à la plage
Cannes Jour 3 : We need to talk about Nikos !
Cannes Jour 4 : A Starr is born
Cannes Jour 5: On se foule!
Cannes Jour 6: Lundi sous le soleil cannois
Cannes Jours 7: Fier d’être Français
Cannes Jour 8: Femmes au tapis


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Bandits à Orgosolo

Bandits à Orgosolo

S’il est un chef d’œuvre à découvrir promptement, c’est bien « Bandits à Orgosolo » honoré en 1961 du prix de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise. Oeuvre circonstancielle, directe, poignante, tournée avec des non-acteurs dans leur propre rôle de composition de bergers mutiques. Western sarde, le film dégage cette authenticité palpable et palpitante
qui ne tombe jamais dans le mélo sentimental ou compassionnel. Distribué par Carlotta en version restaurée…