Calmos

Article écrit par

Une folie comme seuls Bertrand Blier et le contexte des années 1970 pouvaient en produire.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer les Blier les plus audacieux et provocateurs, il est de bon ton de citer le foudroyant Les Valseuses (1974), la thématique risquée de Préparez vos mouchoirs (1978) et son pendant Beau-père (1981) ou encore l’étonnant Tenue de soirée (1986). Pourtant, avec Calmos, Blier réalisait un véritable OVNI aussi discutable qu’hilarant. Le film s’inscrit dans la veine d’un certain cinéma très gaulois et vulgaire qui rencontra son succès dans les années 1970, à l’instar des fameux Les Galettes de Pont-Aven (1975) ou encore Comme la lune (1976) de Joël Séria. Dans ces deux films, le plus grand comédien français de l’époque : Jean-Pierre Marielle. Ce sont ses prestations mémorables qui portaient haut, sous le trivial, la drôlerie, la mélancolie et le désespoir de ces œuvres outrancières. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver dans Calmos, dont la truculence et l’extraordinaire duo formé avec Jean Rochefort rendent les dérapages et les excès plus acceptables. Le film n’est en effet rien de moins qu’une charge contre le féminisme montant des années 1970, largement discutable sur le fond, mais dont la forme farceuse tirant sur le grand n’importe quoi permet de relativiser ce qui n’est finalement qu’une provocation de sale gosse.

On suit donc les mésaventures de Jean-Pierre Marielle et de Jean Rochefort, las de l’oppression féminine, qui décident de partir en retraite à la campagne où ils pourront en toute sérénité s’adonner aux plaisirs les plus terre à terre : boire, manger, dormir… Leur initiative est bientôt suivie par d’autres mâles mais c’est sans compter sur la résistance de femmes frustrées qui décident de reprendre les choses en main de manière radicale. Le film débute sur un spleen masculin décalé avant de partir dans une escalade rabelaisienne totalement déjantée et vulgaire, bourrée d’idées et de séquences folles, telle l’ouverture, qui donne le ton, où Marielle, qui est gynécologue, dévore sa baguette et son pâté devant l’entrejambe d’une femme. La suite est à l’avenant avec Marielle agressant verbalement une femme lui ayant demandé le chemin, des hordes d’amazones usant, à la chaîne, des hommes comme d’objets sexuels dans une sorte d’usine vouée au coït…. Marielle et Rochefort en roue libre totale s’en donnent à cœur joie sur des dialogues mémorables, tout comme le reste d’un casting plutôt prestigieux (Brigitte Fossey, Dominique Lavanant ou Valérie Mairesse) qui se lâche comme jamais dans des situations dépassant les normes de la bienséance.

Pas sûr que tout ce petit monde assume autant aujourd’hui cette « chose » dans leur filmographie, et on se demande comment un producteur a pu financer un pareil objet, le fond comme la forme étant irrecevables en ces heures de politiquement correct. Sans aucun doute le Blier le plus fou, avec une conclusion à la hauteur du spectacle qui a précédé où nos héros retournent à l’état fœtal en se réfugiant dans… un vagin géant ! Si un film français devait incarner les folles années Hara-Kiri, Fluide Glacial ou L’Écho des Savanes, ce serait celui-là.

Titre original : Calmos

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Pays :

Durée : 107 min mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.