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Bobby

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Après Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999) et Collision (Paul Haggis, 2005), Bobby de l´acteur/réalisateur Emilio Estevez est le troisième film en quinze ans à s´inspirer du grandiose Short Cuts (1991) de Robert Altman. Structure éclatée en autant de récits qu´il compte de personnages, Los Angeles en toile de fond, microcosme de l´Amérique, les points communs […]

Après Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999) et Collision (Paul Haggis, 2005), Bobby de l´acteur/réalisateur Emilio Estevez est le troisième film en quinze ans à s´inspirer du grandiose Short Cuts (1991) de Robert Altman. Structure éclatée en autant de récits qu´il compte de personnages, Los Angeles en toile de fond, microcosme de l´Amérique, les points communs sont en effet nombreux, bien que l´histoire et la thématique du film d´Estevez soient parfaitement différentes.

Bobby retrace la journée d?une vingtaine de personnes ne se connaissant pas, peu, ou au contraire très bien. Répartis aux quatre coins de L’Ambassador, un hôtel de Los Angeles, ils s´apprêtent à vivre sans le savoir une journée historique. En ce très attendu 4 juin 1968, le sénateur Robert « Bobby » Kennedy, le frère du défunt John, doit y faire un discours dans le cadre de l´élection présidentielle à laquelle il est candidat. Seulement, le très probable futur chef de l´Etat sera froidement abattu à bout portant.

L´hôtel est en pleine effervescence. Plus tôt dans la journée, chacun s´active à son poste en vue de cet évènement qui s´annonce festif. Mais le propos du film est ailleurs, car Emilio Estevez choisit de concentrer toute son attention sur les préoccupations et tergiversations intimes de ses personnages, salariés de l´hôtel comme clients. Rarement reliés avec l´événement du jour, les problèmes rencontrés par chacun abordent dans leur globalité tous ceux auxquels le peuple américain d´alors est confronté. Dans cette société portée à l´écran où les tensions politiques sont par ailleurs à leur paroxysme -la guerre du Vietnam fait rage et fait peur, JFK était tué quelques années plus tôt tandis que Martin Luther King venait tout juste de l´être- le jeune réformateur Bobby Kennedy incarne, d´après les éléments mis en avant dans le film, les derniers espoirs pour sauver une démocratie en péril.

Film à la fausse impartialité historique, Estevez nous dévoile sans surprise la nature de son attachement politique. Accusant un propos largement pro-démocrate, Bobby perd de sa justesse de ton. Estevez est sans nul doute engagé politiquement et Bobby Kennedy prend ainsi des airs de prophète. Son image et ses discours sont magnifiés sans qu’aucune critique ne courre sur sa politique. Mais bien qu´il n´avait que six ans au soir de cette tragédie, le réalisateur tente de témoigner de cette époque avec sincérité.

Bobby est donc inscrit dans un espace-temps clairement identifiable et même revendiqué comme tel. Et pourtant, oubliez justement ses références historiques et il se donne à voir comme un film traitant de problèmes existentiels contemporains. Les angoisses rencontrées par chacun ainsi que les malaises sociétaux relatés sont effrayants de ressemblance avec ceux d´aujourd´hui. Le film d´Estevez n´est pas qu´un traité sur la condition américaine en ce jour du 4 juin 1968, il est également un film éminemment actuel, fait pour dénoncer l´incapacité de ce pays de n´avoir pas su générer de nouvel espoir depuis la fin des années soixante. Outre ce tristement célèbre assassinat, le sujet du film s´impose comme objectif de situer les prémisses, sinon l´origine même, d´une crise de confiance que le peuple américain nourrit envers son gouvernement et dans l´avenir en général depuis lors. De ce regard porté sur une seule journée, le cinéaste essaye en réalité de brasser 40 ans de l`histoire de son pays.

De la sphère privée civile à la sphère publique politique, d´une époque donnée à aujourd´hui, en dépit des apparences, le film d´Estevez étonne donc par sa capacité à se rendre à la fois universel et intemporel. Bien que les lourdeurs du film soient parfois à la hauteur de son ambition, ses qualités permettent néanmoins de l´extirper de toute comparaison abusive avec son grand frère Short Cuts.

Titre original : Bobby

Réalisateur :

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Genre :

Durée : 112 mn


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