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Blanc comme neige

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Un estimable « film de genre » à la française, auquel manque surtout un juste dosage entre transparence naturaliste du jeu et abstraction stylisée des images.

Réel mais modéré, le plaisir à regarder le second long métrage de Christophe Blanc (après Une femme d’extérieur, éprouvant mélo psycho sorti il y a dix ans) reposerait avant tout sur ses promesses immédiates. Celles d’un pur thriller, d’un authentique film noir à la française, dont le suivi des règles du genre sera d’autant plus bénéfique que lié à une très manifeste croyance du cinéaste en son récit. Celui d’une chute annoncée, du destin tragique du gérant d’une grande concession de véhicules dont les premières images nous exposent – voix off à l’appui – le corps en sang dans la neige. Trame narrative typique du film noir que l’introduction par la fin, la garantie immédiate d’une fatalité. Remember L’impasse, œuvre définitive du genre en ce sens, saisissant mieux que tant d’autres l’arbitraire de tout destin, le vacillement d’une vie en fonction des choix en apparence les plus « anodins » du quotidien.

                 

Blanc comme neige séduit donc assez vite par l’intelligence avec laquelle Christophe Blanc privilégie l’infiltration progressive de petites anomalies dans le quotidien bourgeois de son héros et sa jeune épouse (Louise Bourgoin, dans un contre-emploi de femme dépassée) aux gros sabots du polar sanguinolent manière Nid de guêpes ou autres Six pack et Scènes de crimes. Héritant des dettes de son associé, après le faux accident ayant coûté la vie à ce dernier, Maxime (François Cluzet) devra très vite faire avec les moyens du bord pour sauver sa peau face à une mafia faisant peu de cas de son « innocence ». Il y a comme une absurdité, une sans doute volontaire bouffonerie dans cette mise en place progressive de l’action. Déjà en raison de l’originalité de vouloir ces mafieux finlandais (la Finlande nous étant généralement offerte au cinéma par le biais d’un certain pittoresque bonhomme, celui notamment des frères Kaurismäki). Mais surtout parce que cette absurdité est interne aux raisons même de l’inquiétude de Maxime : ces hommes-là s’en prennent finalement à lui par simple effet boomerang (boule de neige ?), parce qu’il eut le malheur d’être le principal collaborateur du défunt. Qu’importe alors qu’il ignora tout de ses manigances : il va lui falloir payer ou crever, point.

De ce postulat découlera une bonne heure franchement stimulante, dont le point fort, outre le jeu toujours convaincant de Cluzet, sera le duo de frangins dépareillés incarnés par Olivier Gourmet et Jonathan Zaccaï. Les trois pieds-nickelés s’embarquent ainsi avec plus ou moins de témérité dans un jeu du donnant/donnant, de la contre-attaque et de l’intimidation à armes pas tout à fait égales, avec un ennemi jamais dupe mais par instant dépassé par la chance des faibles. « Blanc comme neige » doit bien sûr se lire ici en un sens également et indifféremment propre et figuré. Propre car la neige finlandaise – celle sur laquelle se répandra le sang dans la dernière demi-heure – servira de décor final, de support immaculé aux ultimes remous de ce « film noir sur fond blanc » (dixit l’auteur). Figuré au sens évident de la toute relative « innocence » de ces quidams, dont l’outrage majeur aura été de taire la situation, d’élaborer par eux-mêmes une riposte entraînant le pire en écartant d’emblée la police. Cette lisibilité d’ensemble est la force et la limite du film.

 

Car tant que le cinéaste s’en tient au fil noir du thriller, de l’action, du geste de survie d’un trio de frères maudits, la mayonnaise prend plus d’une fois. En raison sans doute de l’écart flagrant entre les méthodes forcément maladroites des gaillards (tirer sans sommation sur un parrain, parce qu’un flingue nous tombe subitement dans les mains ; séquestrer ce même parrain dans un chenil, tout en prenant conscience que notre prise de pouvoir n’est qu’apparente, le sort jeté depuis longtemps déjà…) et l’inflexible assurance des Finlandais. Lorsqu’en revanche la psychologie reprend ses droits, essentiellement à travers le personnage bien ingrat de Louise Bourgoin, l’excès de sens devient vraiment problématique. Evidemment qu’il est normal pour une femme de s’inquiéter du comportement soudainement obscur et fébrile de son mari. Mais peut-être aurait-il été plus judicieux de miser sur autre chose que le surjeu naturaliste, la crise de larmes et autres symptômes d’une perte de contrôle décidément très manifeste. Quelques regards silencieux, un rictus indécidables auraient au moins autant fait l’affaire, dans tous les cas été bien plus cinégéniques. Surfant ainsi entre beaux élans, réflexes de survie post-Peckinpah (manière Les Chiens de paille) et retour aux pires travers très « film de chambre » du premier long, Blanc comme neige captive à peu près autant qu’il irrite. Pas vraiment une date dans l’histoire du film noir… mais à l’échelle hexagonale, une bonne surprise malgré tout.

Titre original : Blanc comme neige

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Durée : 95 mn


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