The Mumbai murders

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Un thriller made in Bollywood.

Attirance répulsion

Faut-il s’en réjouir ou s’en morfondre, mais il semblerait qu’avec ce film le cinéma indien soit en mesure maintenant, comme dans le domaine purement économique, de donner des leçons au genre thriller occidental. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il fait penser au film – malheureusement méconnu – de Jane Campion, In the cut (2003), justement sulfureux lui aussi, puisqu’il met en scène la même attirance-répulsion entre un tueur et une victime. Anurag Kashyap est le réalisateur de ce film, mais aussi scénariste, acteur et producteur indien aux 50 films et producteur, entre mille, du magnifique film de Ritesh Batra, The Lunchbox (2013) dans un genre très différent. Autrement dit, voici le réalisateur indien le plus dynamique de sa génération, qui met en scène ici, à travers une histoire de serial killer, le désir d’un assassin pour un jeune et beau policier, un peu fou, toxico et mélancolique. Qu’importe en fait le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

 

 

Inspiré d’un fait divers

Dans ce film, Anurag Kashyap s’inspire d’un fait divers réel qui s’est passé dans les années 60 en Inde car, en effet, Raman Raghav, le serial ciller dépeint dans le film, a vraiment existé mais reconstituer ces années-là pour la circonstance aurait coûté trop cher et, du coup, il a adapté l’histoire de nos jours, dans un Bombay sordide, de clair obscur grâce à la lumière de Jay Oza. « Mais, ainsi qu’Anurag Kashyap le déclare dans le dossier de presse du film, [son] récit ne s’intéresse plus à Raman Raghav mais à deux incarnations du Mal et à l’histoire d’amour qui les unit. » Il faut dire que le scénario est très courageux puisqu’il met en scène cet amour homosexuel qui hante le serial killer – même sans passage à l’acte puisque cette love story n’est qu’une allégorie de l’identification au Mal (le mal autorisé par la loi et le mal banni par toute société pour rester debout), dans une Inde qui vient juste de condamner officiellement l’illégalité de l’homosexualité. Tout le film joue magnifiquement sur cette dualité entre le bien et le mal, même si le réalisateur a bien pris soin de montrer que le policier est lui-même une figure du mal, puisqu’il ne respecte pas sa famille, se drogue et se montre particulièrement indifférent à sa fiancée. C’est en cela que The mumbai murders est novateur et particulièrement bien troussé parce qu’il ne s’intéresse pas à la périphérie de l’histoire qu’il raconte aux spectateurs, mais parce qu’il interroge les racines mêmes du désir qui sont souvent inexplicables.

 

Une histoire d’amour imaginaire

Raman et Raghava sont inexorablement attirés l’un par l’autre, et ils se traquent l’un l’autre, même si leur histoire d’amour, ou de désir, n’a aucun avenir et n’est apparue que par le plus pur des hasards. Le message que veut faire passer le film est celui du côté aléatoire de la vie et de l’amour car personne ne gère rien et le malheur, tout comme le bonheur, peuvent nous anéantir ou nous élever sans qu’on s’y attende. C’est ce que représente en fait la figure du tueur, qui peut, à chaque instant, et de manière aussi absurde que cruelle, s’en prendre à une victime innocente, même si elle appartient à sa propre famille, comme c’est le cas pour sa soeur. C’est en ce sens que ce film est puissant, parce qu’il joue sur les codes de la peur, du destin, mais aussi parce qu’il s’attaque avec réalisme à toute une série de tabous dans la société indienne : l’inceste, les violences infligées aux femmes, le poids de la tradition, des castes et du pouvoir. De plus, le film joue aussi sur la sobriété puisque toutes les scènes violentes sont filmées hors champ, pas de gore et c’est ce qui fait toute sa force. Un film intéressant à plus d’un titre et qui peut se lire comme une analyse d’un monde violent, celui de l’Inde actuelle, mais tout aussi exportable en Occident avec son lot de malheurs, de misères et de violence.

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