Tant que le soleil frappe

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Film politico-écolo qui tente maladroitement de faire réfléchir sur notre monde…

La gentrification de Marseille

Après avoir mis les villes et sa planète à terre, l’homme depuis quelques décennies tente de réparer les dégâts. Il semblerait pourtant que ce soit hélas bien trop tard, mais l’écologie actuelle, à force de discours et de belles images, s’emploie à sensibiliser les derniers vivants. Ce film en fait partie : Philippe Petit, comédien, auteur est aussi réalisateur puisqu’il a tourné deux documentaires (Danger Dave et Grand appartement), des courts et des moyens métrages tel Antérieur, ce court-métrage réalisé en résidence à la Villa Médicis et qui constituerait, selon son propre aveu, la genèse de Tant que le soleil frappe. Ce film mis en image par Pierre-Hubert Martin et dans lequel Philippe Petit interprète le petit rôle de Seb, annonce la couleur dès son titre. Marseille est une ville en pleine gentrification menée presque tambour battant par de riches et célèbres architectes, mais arrivera-t-elle à conserver le projet d’un jardin en plein coeur du quartier de la porte d’Aix que Max, le personnage central, essaie de promouvoir pour que les piétons y trouvent à la fois une ombre contre le soleil ravageur, et un lieu pour l’otium (le temps libre passé à rêvasser) où la temporalité et les soucis seraient suspendus et les clôtures abattues ? Projet utopiste d’un jardinier fou et rêveur qui ne veut pas passer sa vie à créer des murs végétaux à la mode ou conception d’un concept d’horizontalité dans une ville hélas trop verticale, pour reprendre le jargon de l’entretien dans le dossier de presse du film ? 

Un univers impitoyable

Mais le réalisateur tente d’aller encore plus loin, un peu à la manière d’un Rosi mais moins politique, et il analyse à travers le combat de ce jeune homme pour imposer sa conception des jardins toute la société contemporaine et ses rouages : le mariage, les enfants, l’urbanisme, les classes sociales et même la célébrité et le star system à travers le personnage du footballeur, Djibril Cissé dans son propre rôle. Max, dont on sait peu de choses, à part qu’il est jardinier et qu’il aurait commis une faute professionnelle par le passé dont nous ne saurons rien, caresse le rêve de faire d’un terrain vague un jardin extraordinaire où le piéton pourrait entrer à l’envi et y rêvasser sans fin. Malheureusement, son projet présenté à un concours d’architecture ne passe pas la dernière étape et il est coiffé au poteau. Par un concours de circonstance, Max entre en contact avec l’architecte en chef qui lui donne la possibilité de prendre contact avec les dirigeants de la mairie, tandis qu’il l’utilise aussi pour créer les jardins suspendus d’un de ces nouveaux rois du monde, un footballeur professionnel. Pendant ce temps, sa femme lui annonce qu’elle est enceinte d’un deuxième enfant et elle hésite à se faire avorter. En effet, le monde est bien trop moche pour s’y reproduire, en substance. Tout le film est une description hélas bien trop prévisible et presque manichéenne, entre les pauvres qui sont bien sûr très gentils et innocents, et les méchants riches qui sont unis et tirent les ficelles tout en se tirant dans les pattes. 

La place de l’utopie

Malheureusement, après bien des aventures et des chausse-trappes, le projet n’aboutira pas non plus : la friche a été vendue à un promoteur qui veut en faire un hôtel de luxe (ce qui est d’ailleurs le cas dans la réalité puisqu’une chaîne hôtelière japonaise y a maintenant construit un grand hôtel tout blanc). Hélas, la gentrification ne sauvera pas la planète, elle rendra même la vie encore plus difficile tout en occultant avec de jolies couleurs et des belles plantes la misère alentour. Et le rêve de Max restera une utopie, un peu à la manière de ce que Philippe Petit explique dans le dossier de presse du film : « Je pense que, d’une manière générale, nous manquons d’horizontalité et d’ouverture dans nos villes. Les gens s’égarent dans le trop-plein de cloisonnements entre les espaces publics et les espaces privés. J’ai toujours aimé la notion d’espace ouvert. » Oui, mais pour cela il faudrait d’abord parvenir à changer les mentalités humaines, vaste programme…

Titre original : Tant que le soleil frappe

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Durée : 85 mn


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