Saules aveugles, femme endormie

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Une invitation au rêve et au voyage dans la droite ligne de Murakami.

Adapter Murakami sans le trahir

Inspiré de plusieurs nouvelles du célibrissime auteur japonais, Haruki Murakami, lu dans le monde entier, et toutes issues du volume qui donne son titre au film, le premier long-métrage d’animation du peintre, compositeur et réalisateur Pierre Földes est un petit chef-d’oeuvre à voir d’urgence. Son film qu’on pourrait dire appartenir au courant du réalisme magique se donne comme une adaptation onirique du monde du célèbre écrivain, déjà fort étrange et surréaliste et cependant ancré dans la réalité universelle, d’où le succès de ses titres, notamment Kafka sur le rivage, Les Amants du Spoutnik, les trois tomes de 1Q84. Le fait qu’il ait donné son accord au réalisateur pour adapter pour la première fois une partie de son oeuvre dans un film est déjà un grand succès car Murakami ne cesse de se méfier du média cinéma pour adapter ses oeuvres, sauf peut-être pour Drive my car de Ryusuke Hamaguchi en 2021 qui a su, lui aussi, retrouver la petite musique murakamienne. Pierre Földes a dû jouer avec l’imaginaire de l’auteur japonais sans l’affadir ni l’interpréter et il a choisi de le traduire à l’écran sans le trahir non plus en concevant son film surtout comme une partition, sachant qu’il est à l’origine musicien. Pour ce faire, il s’est souvenu de l’influence d’un père pionnier du cinéma d’animation numérique, Peter Földes, césarisé en 1978 pour son court-métrage d’animation, Rêve.

 

 

 

 

 

Réinventer sa propre vie

On retrouve bien dans ce film, qui a obtenu la Mention du jury au festival international du film d’animation d’Annecy et le Prix de la meilleure musique originale au festival de cinéma des Arcs en 2022, les thèmes chers à Murakami surtout dans la manière dont Pierre Földes a développé les personnages dans des décors pastels, un ensemble de dessins réalistes et une ambiance souvent étrange et feutrée par l’utilisation de la disparition ou de la couleur blanche comme pour accentuer l’évanescence du monde et de la vie à travers le tremblement de terre, suivi du terrible tsunami dévastateur survenus au Japon en 2011. Des personnages bizarres, dont une grenouilles géante, un comptable effacé, une femme obnubilée par la télé, son mari évanescent et une boîte mystérieuse à livrer à une jeune femme non moins mystérieuse. « À la lecture de chacune des nouvelles que Pierre Földes a adaptées, il est impressionnant de lire dans ce travail, la liberté qu’il s’est octroyée pour lier les histoires entre elles en respectant l’essence des nouvelles originales, afin d’aboutir à une histoire inédite, peut-on lire dans la note de production. Il fait preuve de créativité et de modestie, optimisant le contenu des nouvelles pour développer les personnages et situations initiales à l’intérieur d’une nouvelle narration, d’une nouvelle construction dramatique. »

 

 

Un ensemble de voix connues

Conçu autour d’un ensemble de panneaux entre aquarelles et croquis, et une bande son moult fois louée, le film permet à chacun des spectateurs d’imaginer le Japon, de voyager et de se rêver une autre vie à la manière de ces personnages confrontés de force au malheur du séisme pour se réinventer une existence ou une présence au monde qui leur convienne mieux. Ce qui semble d’ailleurs être le moteur principal de la rêverie littéraire de Murakami dans la plupart de ses textes. Outre la musique inspirante et planante, le film permet aussi de retrouver l’ensemble des voix qui constitue comme une symphonie de mélopées qui s’entrecroisent et parmi lesquelles on pourra s’amuser à reconnaître celles d’Amaury de Crayencour, Mathilde Auneveux, Arnaud Maillard, Bruno Paviot, Pierre Földes, Théophile Baquet, Julien Crampon, Damien Zanoly, Laurent Stocker, Jean-Pierre Malignon, Jean-Pierre Kalfon, Isabelle Vitari, Géraldine Schitter, Ingrid Donnadieu, Marie-Christine Barrault, Noée Abita.

Titre original : Saules aveugles, femme endormie 

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Durée : 109 mn


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