Requiem pour une tueuse

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Un thriller à l’esthétique soignée mais surtout… sans suspense.

Lucrèce est une tueuse à gages. Sa cible : Alexander Child, propriétaire d’une distillerie écossaise et surtout obstacle gênant à la construction d’une pipeline aux enjeux stratégiques importants. L’homme est également un bariton et c’est au cours de sa participation à un prestigieux festival de musique que Lucèce devra l’éliminer, en se faisant passer pour une chanteuse lyrique.  Un grain de sable vient enrayer la machine meurtrière. Le contre-espionnage français s’organise et envoie Rico (Clovis Cornillac) pour sauver le britannique, amateur de musique et de whisky.

Ancien de l’école Louis Lumière, Jérôme Le Gris réalise là un premier long métrage très soigné. Dans ce thriller, la caméra se promène dans le château de Voisins, non loin de Rambouillet, et au cœur du théâtre de l’Athénée, dans une ambiance feutrée. Des plans soignés nous font découvrir les hauteurs alpines, jonchées de routes sinueuses. Mélanie Laurent, Clovis Cornillac et Tcheky Karyo. émergent de ce somptueux décor. Tous se côtoient dans un jeu du chat et la souris qui en cache un autre, comme des poupées russes renfermant ici des fioles de poisons. Mais le film ne présente guère d’originalité.

Jérôme Le Gris a été marqué par le parangon du thriller, Hitchcock. Mélanie Laurent, toujours séduisante, parée de tenues signées Balanciaga rappelle les héroïnes blondes du maître du suspense (Grace Kelly, Ingrid Bergman, Kim Novak ou Eva Marie Saint). Mais l’empreinte du génial géniteur de Psychose, Sueurs Froides et La Mort aux trousses est trop flagrante. Le réalisateur français n’arrive point à s’affranchir de son modèle. Requiem pour une tueuse présente un goût de déjà-vu. Le Concert nous vient aussi à l’esprit, en raison du décor du théâtre et du rôle de chanteuse de Mélanie Laurent, bien que les registres des deux films soient tout à fait différents. Pas de surprise, également, à la fin, où de lourds accents téléfilmesques achèvent d’écraser le long métrage.

Plusieurs thématiques traversent Requiem pour une tueuse, mais elles sont traitées de façon conventionnelle ou dispersée. La notion de masque est présente dans le film : le trio des personnages endosse différentes identités. Même chose pour l’un des protagonistes secondaires qu’est le directeur du festival. L’homme est contraint de fabuler, le cou engoncé dans le col de sa chemise immaculée. Les apparences sont trompeuses. Oui, et après ? Le film ne dissèque pas assez l’idée d’imposture, ici ligotée à l’ultra-convenu . Autre thématique, autre déception. Lucère passe énormément de temps à (se) dissimuler, surveiller ses proies et manipuler des poisons, tout cela au détriment de sa vie familiale. Rico vit une situation semblable. Et l’intrigue, au final, se perd.

En somme, le premier film de Jérôme Le Gris est visuellement honorable mais il pèche énormément dans son scénario qui avance avec du plomb dans l’aile, sur un terrain déjà trop connu et par conséquent, quelconque.

Titre original : Requiem pour une tueuse

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Durée : 91 mn


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