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Mala Noche (Bad Night)

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C’est dans un roman à l’écriture autobiographique que Gus Van Sant a cherché le contenu de son premier vrai long-métrage, réalisé en 1985 mais apparu sur les écrans français fin 2006. Walt Curtis, l’auteur du roman, originaire de Portland se fait un nom en publiant des poèmes fortement inspirés par les auteurs de la Beat […]

C’est dans un roman à l’écriture autobiographique que Gus Van Sant a cherché le contenu de son premier vrai long-métrage, réalisé en 1985 mais apparu sur les écrans français fin 2006. Walt Curtis, l’auteur du roman, originaire de Portland se fait un nom en publiant des poèmes fortement inspirés par les auteurs de la Beat Génération avant d’écrire en 1977 Mala Noche, l’histoire d’un américain un peu paumé qui tombe fou amoureux de Johnny, un jeune mexicain qui sort tout juste de l’enfance.

Le film, tourné en noir et blanc, semble constamment à la poursuite de quelque chose, les plans saccadés se succèdent, les personnages passent de l’ombre à la lumière, la caméra s’approche toujours plus pour filmer la peau, les détails. La réalisation nerveuse, précipitée, fait écho aux vies chaotiques des protagonistes : d’un côté des jeunes mexicains clandestins, sans le sou à la merci d’une rafle de police, de l’autre Walt, vendeur dans une épicerie des quartiers pauvres de Portland, assumant pleinement son homosexualité mais contraint de refouler son désir ardent pour Johnny. Les relations sont directes, Walt n’hésite pas à proposer de l’argent en échange d’une nuit amoureuse, les insultes fusent, la violence sous-jacente peut éclater à tout moment.

Gus Van Sant aime se pencher sur la psychologie des jeunes adultes, sur les rêves d’une jeunesse sacrifiée. Dans Elephant, il s’intéressait à la violence gratuite de deux lycéens, plus tard ce sera Last Days et la question de la marginalité, de l’artiste maudit. Dans Mala Noche, si la pauvreté et le danger (matérialisé par la police ou des virées en voiture) sont partout présents, les personnages ne perdent jamais leur côté enfantin. Les mexicains jouent à saute-mouton, se battent, aiment regarder leurs muscles, rien n’est vraiment sérieux, même la mort ne peut être perçue que comme un mensonge.

Mais le sujet central du film réside dans l’attirance foudroyante de Walt pour Johnny, la rencontre, sujet de la première scène, semble durer une fraction de seconde. Les regards se croisent, les peaux se touchent, le désir devient inaliénable. Malgré les moqueries, les refus, Walt continue à courir après son idéal, au point de sombrer dans le ridicule lorsqu’il s’imagine ramper aux pieds de Johnny afin de lui monter son dévouement.
Raconté comme un journal intime, le film laisse une grande part à la poésie : poésie des lieux avec ces images de Portland la nuit, sublimée par un noir et blanc extrême, poésie des mots avec la voix off de Walt qui récite des passages entiers du roman, poésie des situations avec ces balades en voiture et la tragédie qui lie les trois personnages.

A la frontière d’une description sociologique (le film possède un aspect documentaire évident) et d’un onirisme assumé, l’histoire dénonce les exclusions tout en sublimant ces histoires banales de jeunes paumés. Tout est dans l’excès, la folie, Gus Van Sant fait l’éloge de l’innocence, de la victoire du bonheur éphémère sur le désespoir de ces vies. Peu importe l’absence de repère, de perspectives d’avenir, ses personnages vivent au jour le jour, ignorent magnifiquement les obligations d’une vie bien rangée pour se perdre dans les voluptés des sentiments, dans les plaisirs de la chair. Et si le drame peut surgir à tout moment, la vie prend le dessus, et l’obscurité laisse place à des images de joie tout en couleurs lors du générique final.

Titre original : Bad Night

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Durée : 78 mn


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