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Main dans la main

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Le troisième film de la cinéaste rate la mise en valeur d’une obsession.

Un an seulement après La Guerre est déclarée, Valérie Donzelli revient avec un troisième long métrage. Remarquable très rapidement dans le film est l’absence d’un sujet réellement porteur, presque nécessaire à la cohérence de son univers. Dans La Reine des pommes (2010), il s’agissait d’une rupture amoureuse, que Donzelli parvenait à investir d’une idée très simple, mais au demeurant efficace : tous les hommes rencontrés en chemin auraient le même visage que celui qui lui a brisé le cœur (à savoir Jérémie Elkaïm). Encore une fois, La Guerre est déclarée surpassait le prototype du film comme récit de vie (un enfant qui tombe gravement malade) puisque Valérie Donzelli travestissait une épreuve dramatique en un bal de la survie, joyeuse épopée colorée où le tragique était constamment ballotté par l’allégresse.

Reste dans Main dans la main, quand même, une obsession personnelle, qu’on peut lire cette fois-ci plus subrepticement. Son ancien compagnon, père de ses enfants, co-scénariste et en quelque sorte mentor, comme elle l’affirme, est toujours là. Acteur principal du film, elle a cette fois-ci tenté de l’émanciper, de réinventer son aura, sans toutefois y parvenir complètement. Ou au contraire, ce serait dans l’aveu de son impuissance à se détacher de Jérémie Elkaïm que le film deviendrait intéressant.

Il sera donc Joachim Fox (déjà), un jeune provincial tailleur de verre venu à Paris pour prendre les mesures d’un miroir à l’Opéra Garnier. Il fait la connaissance d’Hélène Marchal, professeur de danse rigide, et soudain, par un baiser imprévu, leurs corps se retrouvent scellés l’un à l’autre, impossibles à séparer.
  
  

 
  
Touchant de voir combien la cinéaste, en préférant donner le rôle féminin crucial à Valérie Lemercier, s’empêche d’exploiter à fond son idée première. Car en substance, la question centrale du film est là : comment réussir à quitter un homme constitutif de soi, objet d’inspiration artistique et peut-être homme de toute une vie. Donzelli louvoie en s’attribuant le rôle de la sœur de Joachim, souligne quand même qu’il y a quelque chose d’anormal dans leur fraternité : il vit encore chez elle tandis qu’elle est mariée et mère et s’entraînent ensemble pour un concours de danse. En se créant ce personnage secondaire plutôt raté, elle se positionne en marge du duo principal du film, qui, sans elle, ne fonctionne malheureusement pas. Reste bien sûr l’univers drôle et charmeur de la réalisatrice, répétant tout de même un peu ses motifs, comme la scène de soirée, la voix off explicative, le clin d’œil à L’Origine du monde (1866) de Courbet, et bien sûr l’impayable Béatrice de Staël, qui insuffle un peu de piquant au duo Lemercier/Elkaïm.

La question du corps comme entité indépendante de l’esprit, qui dirait par soubresauts incontrôlables ce que le cœur désire, aussi présent dans le cinéma de Sophie Fillières, aurait pu être plus creusée encore si Donzelli avait osé s’y engouffrer pour de bon, surtout que l’argument de la danse l’appelait. À la place, son cinéma se dilue en un montage syncopé entre Paris et province, s’encombre de personnages un peu vides, alors qu’elle ne pense qu’à son acteur. 

Il faut quand même voir comme Jérémie Elkaïm rayonne, éclipse Valérie Lemercier (très peu à l’aise dans le film), acteur charmant qui semble attendre des directives, filant sur son skate et entraînant la caméra amoureuse partout avec lui. Valérie Donzelli lui fantasme une nouvelle jeunesse, une indépendance acquise après tant de péripéties, alors qu’il semble bien que ces deux-là ne brillent qu’à l’unisson.

Titre original : Main dans la main

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Durée : 85 mn


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