L’Invasion des profanateurs de sépultures. Sortie Blu-Ray/DVD chez Potemkine films.

Article écrit par

Deux fois cloné, jamais égalé, le classique de Don Siegel dans une splendide restauration en format large.

Un épidémie étrange gagne Santa Mira, bourgade paisible de Californie,  certains habitants ne reconnaissent plus leurs proches. Le docteur Miles J. Bennell (Kevin McCarthy) tente de comprendre le phénomène et d’alerter les autorités. L’Invasion des profanateurs de sépultures restera la seule incursion  dans  la science-fiction/horreur de Don Siegel, maître incontesté des films d’action (western, film de guerre et policiers musclés.  Tout en respectant consciencieusement certains codes du genre, l’impuissance de la science face à une menace extra-terrestre, une mise en scène impressive – comme dans l’horrifiante découverte dans la serre -,  Siegel ne rompt pas avec ce qui constitue le suc et la force de son empreinte dans le cinéma hollywoodien. À commencer par le sentiment de révolte qui anime son personnage principal, qui va lutter becs et ongles – en quasi solitaire ici -, poussé dans ses retranchements par la rigidité et  la compromission qui gangrènent les différents représentants de l’autorité et du savoir. C’était déjà le cas dans Les révoltés de la cellule 11 (1954) et dessinera ensuite un costume sur mesure pour les impressionnantes épaules d’Eastwood dans Un shérif à New-York (1968) et bien sûr pour l’inoubliable Inspecteur Harry (1971).

Dans un grand nombre de séquences – à commencer par l’incipit, puis lors des différentes poursuites ainsi que dans les scènes de friction – Siegel importe ici son style sec et musclé de ses genres de prédilection. Un montage nerveux, des cadrages serrés qui relèvent beaucoup plus d’une enquête policière menée en quatrième vitesse que d’un classique récit d’épouvante qui révèlerait peu à peu ses mystères. Catalyseur de l’action, le bon docteur  lanceur d’alerte qui se métamorphose en une bombe de nerfs et de muscles Kevin McCarthy ne ménageant ni sa sueur ni son souffle – un débit digne d’une mitraillette-, se montre proprement hallucinant de bout en bout. Et, quand la ville dort, la magnifique photographie d’ Ellsworth Fredericks  nous projette dans l’atmosphère troublante des classiques du film noir. Pour asseoir le fatum et l’emprise de la menace,  Siegel ne voulait ni du prologue ni de l’épilogue, jugés inutilement explicatifs – et quelque peu rassurants – dans cette croisade contre un effroyable venin. En vain, le dernier mot est revenu aux producteurs frileux qui ont cependant eu le nez fin en investissant  417 000 $, ils ont récolté plus de 3 000 000 $ de recettes au final.

Datant de 1956, juste deux ans après la fin du Maccarthisme, tout a été dit – et souvent très bien – par ailleurs sur le sous-texte politique qui imprègne le récit – incontournable analyse de Jean-Baptiste Thoret dans le bonus du Blu-Ray Autres époques, autres menaces, les deux autres adaptations du roman de Jack Finney, celle de Philip Kaufman (1978) et celle d’Abel Ferrara Body Snatchers (1993) ne manquent également pas leurs cibles. « Je ne reconnais plus ce pays » constate amèrement Becky Driscoll (Dana Wynter), la petite amie du docteur Bennell. Un constat tristement transposable  à notre époque où la déshumanisation des relations prend des proportions exponentielles. Pour lutter contre la morosité, parmi les plaisirs que l’on peut encore s’offrir et partager – faire découvrir aux plus jeunes – n’hésitez pas à vous diriger vers cette très belle restauration en DVD, lovée au sein d’un  magnifique coffret métal couleur rouge sang.

Sortie Blu-Ray/DVD le 7 novembre chez Potemkine films.

Titre original : Invasion of the Body Snatchers

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre : ,

Pays :

Durée : 80 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Remorques. Sortie Blu-ray/DVD chez Carlotta

Remorques. Sortie Blu-ray/DVD chez Carlotta

Quittant la rade de Toulon et l’atmosphère délétère et gangrenée qu’il instille dans « L’étrange monsieur Victor », Jean Grémillon choisit celle, embrumée, de Brest où il s’attelle à dépeindre l’ épopée maritime tumultueuse des sauveteurs des cargos en perdition. Le réalisme est saisissant, porté par la romance chavirante du réalisateur et la poésie incantatoire des dialogues de Jacques Prévert.