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L’Héritage

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Une douce petite musique au générique fait croire au spectateur qu´on l´emmène dans une comédie légère sentant bien par là l´arrivée de l´été…Pourtant, tout cela est bien ironique car l´histoire qui nous est proposée ici est tout le contraire de la légèreté. Alors que depuis quelques années, certains pays occidentaux essaient de régler les problèmes […]

Une douce petite musique au générique fait croire au spectateur qu´on l´emmène dans une comédie légère sentant bien par là l´arrivée de l´été…Pourtant, tout cela est bien ironique car l´histoire qui nous est proposée ici est tout le contraire de la légèreté. Alors que depuis quelques années, certains pays occidentaux essaient de régler les problèmes d´autres pays et ce en leur imposant des valeurs qu´ils croient bonnes, donc uniques à leur propres yeux, le dernier film de Témur et Géla Babluani fait office de bouclier face à cette idéologie, et renvoie à leurs chères études ces visiteurs du dimanche avides de sensations fortes, à la limite du supportable.

Un château en ruine en Georgie est le cadeau d´adieu d´une grand-mère éloignée pour trois français : Jean (Stanislas Mehar), Céline (Olga Legrand) et Patricia ( Sylvie Testud). Profitant de ce voyage pour visiter le pays, ils sont accompagnés par un traducteur français basé à Tbilissi, Nikolaï. Sur leur chemin en bus, ils ne tardent pas à faire des rencontres atypiques : un homme saoul chantant à tue-tête, ou encore un homme muet dont la seul préoccupation est de marchander des choses tout aussi diverses que de la ficelle ou des boîtes de conserve.

La rencontre la plus étrange est celle de deux hommes, un vieillard et son petit fils, transportant…un cercueil vide. La discussion entamée par les deux groupes, le petit-fils annonce au trio français que ce cercueil servira de tombe pour son grand-père dès le lendemain, car il sera tué pour venger la famille adverse d´une affreuse guerre opposant les deux clans depuis des années. Après cette mort, tout sera fini…tout le monde sera quitte. Ont-ils le droit de faire cela ? Doit-on faire quelque chose ? Autant de questions que se posent les trois compères. << Moi, ça m´intéresse, je veux voir cela ! >> dit Jean. Armés de leurs deux caméras, les trois compagnons français, ainsi que leur traducteur, mettent entre parenthèse ruines et château pour un meurtre en direct…

L´héritage réussit, par une mise en scène très sobre mais à la fois parfaitement maîtrisée (jeux de caméras entre les vrais plans de Babluani et ceux du film tournés par les français. Qui filme ? Babluani ou Jean et Céline ?…), à faire ressortir un message multiple du film.
Ces trois français peuvent être le symbole d´un occident toujours centré sur lui-même et sur ses valeurs soi-disant universelles. Jean, Céline et Patricia ne se rendront compte qu´à la fin qu´ils sont entrés dans un monde qu´ils croyaient maîtriser, mais qui, au final, pose le choc des cultures et des traditions.

Ces personnages sont là pour illustrer une critique sociale, personnages d´une arrogance et d´un égocentrisme occidental qui croient obtenir, pour chaque problème, sa solution. Or ce n´est pas le cas ici, au contraire : ce sont eux la source de tous les problèmes qui viendront…ce sont eux qui << tuent >> Georges Babluani. Cependant, il ne faut pas croire pour autant que la famille Babluani critique les occidentaux en se rangeant du coté de la tradition géorgienne : c´est tout à fait le contraire, et c´est ce qui fait la grande force du film, car L´Héritage est une histoire vide de tout manichéisme de la part des réalisateurs.
Non seulement les trois français sont dépeints comme des égocentriques, centrés sur eux-mêmes et, qui plus est, avides de sensations fortes en voulant << immortaliser >> ce crime, mais la tradition géorgienne est aussi mise à mal. On nous montre, à travers une vengeance de famille, un ex-pays communiste détruit par la guerre civile et, encore aujourd´hui, gangrené par la mafia et la corruption. C´est un pays qui ne s´est pas encore relevé de son passé. La preuve, il vit encore aujourd´hui avec des traditions et des coutumes archaïques…

Le voyeurisme est aussi dénoncé dans ce film avec le débat éternel de savoir ce qui est montrable ou pas. Quand Patricia avoue à Jean << Je trouve ça malsain de filmer un assassinat ! >> Jean lui répond << c´est l´acte qui est malsain, pas de le filmer, qu´on soit là ou pas, cela ne change rien >>. Qui a raison ?

Le film de Géla et Témur Babluani est très singulier. Les réalisateurs du Soleil des Insomniaques et de 13 Tzameti ont su faire passer, dans leur premier film en commun, plusieurs messages. Ce road-movie auteuriste ne fait-il pas l´apologie, au final, de la vraie valeur de la vie, c’est-à-dire de la simplicité, symbolisée par le guide Nikolaï ?
L´héritage possède à la fois un côté très sombre mais aussi un côté très enchanteur par les paysages resplendissants de la Géorgie. Par une mise en scène très sobre, tout comme le jeu des acteurs, le message central du film peut passer : un héritage est parfois trop lourd à porter, la preuve avec ces deux camps…

Titre original : L'Héritage

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Durée : 77 mn


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