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Les Plages d’Agnès

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Vous avez dit Vague ? Comme c´est bizarre, dans ce film qui parle des plages d´Agnès, de celles qui nous changent des plages du Débarquement et nous enchantent. C´est vrai maintenant, on peut le dire, le proclamer, Agnès Varda a raison quand elle dit : << J´habite le cinéma >>. Nous aussi du coup, et grâce à elle.

Agnès Varda, la mère Méditerranée. Sétoise d’adoption, Agnès Varda ne pouvait pas ne pas se souvenir de Paul Valéry et du « toit majestueux où marchent des colombes » et, bien sûr, de Georges Brassens et de sa « supplique pour être enterré sur la plage de Sète ». Épatante Agnès, qui nous livre ici un énième film qui n’a rien d’un testament. C’est plutôt un cri de joie rempli d’inventions folles, quoiqu’un peu narcissiques comme à l’accoutumée, qu’elle réalise ici. Hymne à la vie donc, à la famille élargie, au cinéma bien sûr, mais aussi à la mer qui la berce, de Sète à Noirmoutier et Nantes, la ville de Jacquot (Demy), auquel elle rend aussi hommage à mots couverts, en incrustant des images de ses films précédents (Jacquot de Nantes), voire de ses flops (Les cent et une nuits, œuvre de commande pour les cent ans du cinéma, où elle réunit un casting incroyable, notamment Deneuve et de Niro pour un grand plouf !).

La petite vieille rondouillarde, comme elle se plaît à se décrire elle-même, nous donne encore une belle leçon de cinéma et de poésie. Comme quoi, la sagesse populaire aurait raison : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, etc. Car, à l’instar de Woody Allen qui, du haut de ses 75 ans, nous a offert une œuvre d’une incroyable jeunesse (Vicky Cristina Barcelona), Agnès Varda innove tout en restant la même. Comme Fellini l’a fait, d’une manière un peu plus amère, avec son Intervista, Varda, photographe d’origine (elle a été révélée en fait par son travail autour du Théâtre national populaire et du festival d’Avignon), de sa voix la plus douce, raconte à la fois sa vie et son cinéma au travers d’un puzzle magique.

Foisonnante d’idées novatrices, qui sont autant de tributes aux cinéastes qu’elle adore (à commencer par Jacques Demy bien sûr, dont le sourire évanescent, au seuil de la mort, restera dans nos mémoires), comme Fellini (l’éléphant sur la plage, le cirque, les frêles embarcations, etc.), sans tomber dans le piège du film référentiel. « C’est un collage, se confie-t-elle à Positif (n°574, décembre 2008). Un scrapbook, ce cahier dans lequel on colle un dessin, un article de presse, une photo de famille. La liberté de mélanger les éléments disparates. Moi, je n’ai jamais eu de carnet de notes sur ce qui se passe, sur tout. Certains en ont de très élaborés. J’aurais aimé le faire, mais je n’ai pas pris de temps pour ça. Ni pour écrire mes souvenirs. »

 

Eh bien, voilà qui est fait, et joliment fait avec ce film attachant, émouvant, intrigant, innovant, bouleversifiant en quelque sorte, dont certaines images vous poursuivront longtemps et nourriront votre imaginaire : les miroirs sur la plage, la rue Daguerre (Paris 14e) transformée en plage, la famille en blanc, Agnès en noir, la maison parisienne, la maison cinéma de son exposition à la Fondation Cartier, etc. Comme Montaigne le préconisait, Agnès Varda se peint elle-même dans le monde, si bien qu’on a l’impression de la connaître, de la rencontrer tous les jours, elle la vieille dame indigne du quartier Denfert-Rochereau, pas loin de la mairie, de son passage, de sa maison de production artisanale avec pignon sur rue.

Par ses films, ses reportages où elle a souvent ouvert son cœur et sa maison (les patates en forme de cœurs dans Les glaneurs et la glaneuse, par exemple), on a l’impression d’une intimité avec elle alors que, conformément à l’adage de Montaigne, elle se prête aux autres et ne se donne qu’à elle-même. C’est pourquoi on lui pardonne un peu de nous exaspérer par ce déballage qui, en fait, n’en est pas vraiment un. On lui reproche quelquefois son mauvais caractère, ses prises de position très vives, mais ici rien de tout cela ne transpire, seules la tendresse et la peur du temps qui passe affleurent dans ce film de douce mélancolie, comme un livre de mémoires illustrées de nombreux souvenirs et de trouvailles artistiques. Et puis, il y a les chats que Varda adore : elle nous montre le sien dans un court métrage, ils sont partout, et Chris Marker, lui-même figuré en chat, lui demande des nouvelles de la Nouvelle Vague.

Titre original : Les Plages d'Agnès

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Durée : 110 mn


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