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Les Meilleures

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Véritable gageure de filmer l’amour homosexuel féminin dans les « quartiers »

Une parcelle très délimitée

Pour son premier long métrage, Marion Desseigne Ravel, diplômée de la Femis et militante de la cause gay, nous propose un film en liaison avec ses courts-métrages Les murs, Voyage en Lémurie et Fatiya qui reprennent les thèmes des films qu’elle faisait réaliser par les jeunes de l’association culturelle où elle était bénévole. Avec Les meilleures, son talent s’affirme et elle pose le cadre d’un lieu dans un quartier populaire où les jeunes s’ennuient et se querellent souvent, et qui pourrait devenir le centre d’un drame. On le frôle mais l’option choisie à la toute fin est de laisser les personnages continuer leur vie entre des immeubles sinistres, le jardin public malingre, le centre culturel et le banc rose Barbie réservé aux filles. Les filles du quartier ne sont pas commodes et occupent le devant de la scène, se crêpant le chignon pour s’asseoir sur le banc rose, cancanant, tissant les réputations, et laissant les garçons à l’arrière jouer au foot et regarder les filles comme de gros benêts. Du reste, le titre est emprunté au langage de rue puisque les filles se qualifient elles-mêmes de meilleures.

Lina El Arabi porte le film avec courage

Parmi toutes ces meilleures, la meilleure des meilleures est bien sûr la sublime Lina El Arabi qui incarne la jolie Nedjma, un peu garçonne, grande gueule et qu’on devine pleine de sensibilité. Nedjma est dans tous les plans, donne de son corps, de son allure, joue les dures et, un jour, tombe amoureuse. Cela arrive certes à tout le monde et ce n’est jamais facile dans ces lieux où tout le monde épie tout le monde, mais quand c’est d’une fille, tout se complique terriblement. Bien sûr il faut accepter l’axiome de base car, malgré ses airs bougons, rien ne nous fait penser à aucun moment que Nedjma puisse être lesbienne. Mais Cupidon lui lance sa flèche le jour où elle entend Zina (la très belle Esther Bernet-Rollande dont c’est la première apparition au cinéma) chanter dans un blind-test. C’est ce qu’on appelle communément le coup de foudre, et Nedjma ne tombe pas foudroyée mais déclare son amour et retrouve tous les soirs la belle Zina sur le toit de l’immeuble transformée en palais des Mille et une nuits par quelques soieries et quelques bougies.

Une cachette à ciel ouvert

Cette cachette à ciel ouvert procure des moments de respiration voire de contemplation à ce film qui bat à cent à l’heure, et qui nous montre une Nedjma (qui signifie étoile en arabe, et Zina veut dire belle) dont on sent presque la respiration parce qu’elle est prisonnière de sa passion et son milieu. « J’ai eu la chance de travailler avec Lucile Mercier à l’image, déclare la réalisatrice dans le dossier de presse du film. Je lui avais demandé de respirer avec Nedjma. C’est pour ça que je voulais tourner à l’épaule. Ce côté organique, au plus près des pulsations cardiaques de Nedjma, a été l’idée maîtresse de tout le film et a guidé nos choix de focales et d’absence de profondeur de champ. »

Il ressort de ce film une grande énergie qui est sans doute celle du désespoir devant les immenses efforts encore à accomplir pour que les homosexuels ne soient plus perçus comme des parias ou des dégénérés dans certaines sociétés. C’est d’ailleurs ce que va vivre Nedjma rejetée par sa petite sœur, ses copines et aussi, indirectement, par sa mère qui l’encourage à trouver un beau fiancé. Nedjma tentera l’aventure avec Sidiki qu’elle connaît depuis la maternelle mais sans grand succès. Dans ce monde de jeunes où les filles peuvent se montrer aussi brutales et violentes, sinon plus, que les mecs, et où ils citent à tout bout de champ le Coran et se dénoncent les uns les autres, il n’est pas facile d’être gay. Jamais ce mot n’a paru aussi inapproprié vu le côté tragique de la situation qui peut conduire certains à la mort. Et il fallait surtout un grand courage à Esther Bernet-Rollande et Lina El Arabi pour incarner de telles rebelles à l’ordre établi dans ce milieu très conservateur.

 

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Durée : 81 mn


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