Le Sacrifice (1986, Offret)

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Sur l’île où il réside avec sa famille, c’est l’anniversaire d’Alexandre. Son fils << Petit Garçon >> est provisoirement muet à la suite d’une opération de la gorge.

Père et fils plantent un arbre sec pour le ranimer en l’arrosant tous les jours : « la méthode, le système, sont une grande chose » (Tarkovski). Le facteur Otto, sorte de philosophe mystique citant Nietzsche et collectionnant les faits surnaturels transmet à bicyclette les félicitations, puis revient avec un cadeau personnel : une carte ancienne de l’Europe. La guerre nucléaire éclate.

Alexandre promet un sacrifice à Dieu s’il y met fin, celui de son enfant ou de sa maison. La famille semble traverser une crise grave. Adélaïde, l’épouse d’Alexandre, aime l’ami de la famille-médecin qui excédé de tout est sur le point d’émigrer en Australie. Sur l’incitation prophétiques d’Otto, Alexandre couche avec la bonne Marie, une sorcière, ce qui ramène la paix. Fidèle à sa promesse il brûle sa maison, sans qu’on sache tout d’abord si le petit n’a pas péri à l’intérieur. Il est interné. À la fin Petit Garçon allongé au pied de l’arbre sec prononce d’une voix enrouée : « au commencement était le Verbe. Pourquoi, Papa ? ».

Filmé par très longs plans dans des intérieurs sombres avec des effets de lumière produits par les rideaux de voile agités au vent, alternant avec des scènes en pleine lumière, catastrophes fantasmatiques ou oniriques, extérieurs maritimes ou neigeux ; sons d’ambiance acousmatiques mesurant l’immensité : chants bergers traditionnels, sirènes de bateaux, etc. Mais surtout, le son acousmatique, n’est-il pas la forme de la vérité en tant qu’il ne préexiste ni ne se survit à lui-même ?

La vérité de ce qui advient n’est-elle pas étrangeté radicale ? Voici quels sons : cris d’hirondelles, meuglements, sons mécaniques de vélo, vibrations de rayons comprises, chants traditionnels perçant la distance, battements d’ailes, grincements vocaux de Petit Garçon, écoulements et égouttements liquides, sirènes de bateau qui se confondent avec la flûte japonaise et la tonalité du téléphone, craquements de vantaux de bois dans la chambre de Petit Garçon, ressac qui se confond avec le vent et le bruit des jets, tintements de verre, bêlements ou chevrotements, bruit de flamme se substituant à celui du ressac et autres sons non identifiés. Les chants de bergers semblent avoir un rôle surnaturel. Alexandre est invité à rejoindre Maria par cette sorte d’appel de Sirènes.

Et lorsqu’il fait mine de rebrousser chemin, un cri strident l’en dissuade. Même violence des objets et des personnages comme événements (non prémédités et sans suite) à l’instar des chutes soudaines des personnages ou de la jarre de lait se brisant dans sa chute. Ou bien enregistrement de phénomènes atypiques comme le mouvement des rideaux avec les effets de variation de lumière qu’il provoque ou encore leur frémissement spasmodique comme le rideau de la chambre de Petit Garçon juste avant Le Sacrifice. Jeu aussi avec les nuances selon les heures : lumière bleutée la nuit, fenêtres bleues, visages presque plombés, blanc bleuté de la neige que l’on retrouve dans le bureau d’Alexandre.

Bref un itinéraire spirituel où, comme toujours chez Tarkovski, le microcosme engage le macrocosme. Ce film est d’une splendeur inouïe tout en étant d’une singularité quasi-confidentielle.

Titre original : Offret Sacrificatio

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Durée : 150 mn


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