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Le Nouveau Protocole

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Un fond d´actualité épuré, prétexte à une forme hétéroclite maîtrisée et portée par Clovis Cornillac. Une bonne surprise.

Raoul Kraft, divorcé, vit seul dans un exploitation forestière. Un matin, il apprend la mort de son fils dans un accident de voiture. Un drame de la route
qui aurait tout de commun, sans l’intervention de DIane, jeune femme mystérieuse arrivée de Paris. Cette dernière informe Raoul de la prise de médicaments imposée a son fils pour le test d’un nouveau protocole. La mort pourrait alors survenir des effets secondaires et non de l’accident lui-même. Kraft a du mal à y croire mais décide après coup de mener l’enquête. Chemin faisant, il découvrira les secrets et les hypocrisies de l’industrie pharmaceutique.

L’intrigue n’ira pas plus loin et le discours du réalisateur ne se risquera pas dans les sphères du thriller politique engagé dans une dénonciation hargneuse et sans appel. Dommage. On peut aussi lui arguer de surfer sur la vague amorcée par The constant Gardner (de Fernando Mereilles, 2004), mais quoiqu’il en soit, Thomas Vincent a le mérite d’aborder un sujet peu exploité en France et . Au final, Le nouveau Protocole vaut le détour tant pour la forme composite que pour le jeu de Clovis Cornillac, toujours convaincant.

C’est sous la forme du film d’action que Thomas Vincent, secondé par le scénariste Eric Besnard, évoque un sujet d’actualité politique et social : les dérives de l’industrie pharmaceutique. Judicieux et sensé, il ne fait pas l’impasse sur ces faits et les exhibent comme des preuves. Avant le générique ainsi qu’après la dernière scène de Kraft , des blouses blanches débarquent en Afrique et en Inde pour effectuer des essais cliniques. La mise en situation de la vraisemblance intervient grâce à une caméra proche du sujet et par une voix-off, intervenante radio. Insérée entre les deux séquences, l’histoire de Kraft se romance sous les traits caractéristiques du drame personnel pour toucher . Par cette démarche, le réalisateur semble se porter partisan d’un cinéma purement fictionnel, médium entre réalité et conscience, au détriment d’un traitement documentaire. Le pari est-il réussi ?

Justicier vengeur, course poursuite, coup de feu, trafiquant, police, culpabilité et vengeance…. Thomas Vincent revisite le thriller. L’avantage est d’avoir su jongler avec les clichés du genre et composer des situations efficaces. Elles arrivent au cœur de l’intrigue dans une suite logique, sans exagération, et permettent de maintenir une tension permanente. L’absence du "happy end convenu" et le minimalisme des scènes réhaussent le film dans le registre psychologique. D’ailleurs, la fin exploite ce filon avéré mas banal qui introduit quiconque dans un cercle vicieux comme coupable et victime. « Le nouveau protocole, nous l’avons tous signé, vous comme moi .. » affirme la PDG du Labo Hexalor Verneuil.

Le genre dramatique est lui aussi utilisé grâce à un duo de personnages profonds et faussement antithétiques. Présent dès le premier long-métrage de Thomas Vincent, Karnaval, Clovis Cornillac interprète Kraft dont la douceur vocale, les réponses sereines, la réticence puis l’engagement inéluctable tranchent avec sa carrure massive. Tout en sensibilité, il forme, avec Maris Josée Croze, un binôme, qui réunit les réactions face aux  dérives de l’industrie pharmaceutique d’abord  insoupconnées puis indubitables.

Certes, Thomas Vincent ne surprend ni ne révolutionne le cinéma. Mais il parvient à densifier un sujet politique bien documenté sous une forme éclatée et divertissante réussie.

Titre original : Le Nouveau protocole

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Durée : 90 mn


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