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Le Dernier pour la route

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Le premier film de Philippe Godeau étonne, surprend. Force des interprètes, mise en scène inspirée, intelligence du scénario. La grâce n’y est jamais loin.

C’est l’histoire d’un homme que l’on sent fatigué, brisé, qui quitte Paris et sa famille, direction la province, un nouveau cadre, de nouveaux paysages, un centre. Toutes les personnes qu’il croise à ce centre sont malades. Ils aimeraient guérir. Leur maladie a un nom : l’alcool.

Il faut voir Francois Cluzet porter frénétiquement des verres pleins jusqu’à ses lèvres, et les vider comme un bébé le ferait de son biberon. Comme lors de cette scène où il se réveille en pleine nuit, quittant le lit conjugual pour se rendre directement au réfrigérateur où une bouteille de vin blanc bien frais l’attend. Cet homme qui ne sait comment disparaître ou alors, peut-être, comment lutter, tout simplement, ou encore comment se réapproprier son corps qui s’échappe, comment récupérer un souffle vital qui est parti depuis longtemps, éparpillé aux quatre coins du monde, lui le journaliste, l’ex bon-vivant. Où en est-il, cet homme ? Pourquoi ce besoin de noyer son insécurité, son impuissance, son perfectionnisme, ses idéaux inassouvis ?

Les scènes de thérapie de groupe, en France on connaît. C’est la place favorite des clichés. Ici, on les reconnaît tous mais ils explosent très vite. Il y a de la vie dans chacun de ces clichés, justement parce que chaque personnage arrive dans ce centre comme mort, et que chacun veut en ressortir avec le nerf de la vie. Chacun ici doit (re)gagner, mériter. Tout est ici (re)conquête. Tous étonnent, se (re)découvrent. Melanie Thierry touche juste, Michel Vuillermoz bouleverse et Philippe Godeau impose tranquillement son savoir-faire, prenant son temps avec l’assurance d’un metteur en scène ayant dix films derrière lui, dispersant ici et là des moments de grâce (la visite du fils, l’enterrement du petit chat apprivoisé par le personnage de Mélanie Thierry…).

Pour le final, le cinéaste regarde son personnage s’éloigner, regard-caméra. Il se confesse : pour se soigner il a fallu certes réapprendre le dialogue, mais également assurer sa survie par égoïsme. Rien n’est jamais acquis aussi simplement, les compromis sont toujours nécessaires. Avec Un prophète d’Audiard, pluie de Césars en vue.

Titre original : Le Dernier pour la route

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Durée : 97 mn


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