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Le Choix d’Ali

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Comment vivre son homosexualité tout en respectant sa famille et les lois du Coran.

Filmer les problèmes des êtres humains

Chaque nouveau film d’Amor Hakkar est une nouvelle pierre apportée à l’édifice de l’analyse profonde de la société et de l’âme humaine. Après La Maison Jaune (2007) qui traitait de l’épreuve de la mort, Quelques Jours de Répit (2010) qui abordait le problème de l’exil et La Preuve (2013), le drame de la stérilité, voici maintenant Le choix dAli qui affronte avec courage et tendresse le problème gravissime de l’homosexualité dans la religion musulmane, tabou des tabous. Réalisé avec peu de moyens, mais pour cette fois avec le concours de la Région Bourgogne Franche-Comté et de la commission de la Diversité au sein du CNC, le cinéma d’Amor Hakkar fait cependant toujours mouche, et n’est pas seulement promoteur de films à thèmes, mais de vrais scénarios de cinéma. Ce dernier film en est encore une fois un exemple, s’accordant des plans et des hardiesses quelquefois étonnantes, mais toujours sensibles et utiles. « Mes sujets sont souvent axés sur l’être humain – à un instant donné de sa vie – alors qu’il est confronté à une difficulté, un dilemme, un choix crucial, confie le réalisateur dans le dossier de presse du film. Aborder la question du choix et de ses conséquences. »

Comment aimer sans être jugé

Outre le problème de l’homosexualité traité avec délicatesse mais sans ellipse, Le choix dAli se donne aussi comme un beau portrait de la famille musulmane en France, coincée entre modernité et tradition. Ici, la famille d’Ali, installée à Besançon, a rejeté depuis longtemps l’un des fils de la famille en raison de ses orientations sexuelles. On le devine, cela pèse sur tout le scénario mais personne n’ose aborder le problème frontalement, même pas sa sœur qui semble la plus proche du personnage central du film. Il a suffi d’un événement familial grave pour qu’Ali quitte Paris, son petit ami et l’insouciance de la vie dans la capitale et son métier de serveur pour que tout bascule et que les démons enfouis ressurgissent. Ce retour donne d’ailleurs l’occasion à Amor Hakkar de dresser un tableau objectif de la religion musulmane dans la province française, coincée entre le modernisme, les paroles des religieux et le poids immense de la famille même si elle ne se montre pas particulièrement intégriste, loin de là. Par ci, par là, on sent les liens qui unissent Ali à sa mère, à sa sœur, et à son jeune frère qu’il n’a pratiquement pas connu puisqu’il a quitté le foyer familial depuis très longtemps.

Dénoncer un tabou par le cinéma indépendant

Servi par la belle photo en couleurs alternées d’éclats et de terne de David Moerman et ses assistants, et la musique habituelle de Joseph Macera auquel se sont adjoints sur ce film, Philippe Jakko et Philippe Fagnoni,  Le choix dAli est aussi un réussite grâce au jeu des acteurs, notamment Yassine Benkhadda dans le rôle titre qui parvient, tout en retenue, à donner corps et âme à ce jeune homme déchiré entre ses aspirations au bonheur et le respect de la famille et des traditions. C’est sans doute le drame que vivent toutes les personnes qui tentent de se débarrasser d’un carcan, qu’il soit social, religieux ou psychologique. Mais on le constate ici, le rejet de l’homosexualité, malgré les beaux discours de certains membres du gouvernement et de certaines personnalités hors sol, est malheureusement toujours aussi bien ancré dans les mentalités et conduit parfois les victimes au désespoir, quand ce n’est pas à la mort ou au suicide. D’où le courage d’Amor Hakkar qui continue à dénoncer, à se battre contre ce fléau. C’est une rencontre fortuite qui lui a donné l’idée de ce film, comme il le confie lui-même dans le dossier de presse : « La rencontre avec un jeune homme français, en grande souffrance, de confession musulmane qui a dû fuir sa famille, son quartier, sa ville de Besançon  pour vivre ailleurs et sans crainte son homosexualité. Bien qu’épanoui semble-t-il dans sa vie amoureuse, il était en grande souffrance de ne plus avoir de lien,  ni de contact avec sa famille, ses frères et ses sœurs. »

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Durée : 93 mn


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