La Fille la plus heureuse du monde

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Malgré une belle intention, le nouveau film de Radu Jude n´est pas à la hauteur de nos espérances. Il est à la fois une satire du monde audiovisuel et un regard sur les liens familiaux. Un film sans réel engagement qui perd beaucoup sur la longueur.

Délia, une jeune fille de dix-huit ans, vient de gagner une voiture. Accompagnée de ses parents, elle se rend à Bucarest pour tourner un film publicitaire de trente-cinq secondes, qui lui permettra de repartir avec. Mais le devenir de ce cadeau va partager la famille. Alors que Délia veut garder la voiture, ses parents souhaitent la vendre pour ouvrir des chambres d’hôtes à la campagne où ils vivent.

La Fille la plus heureuse du monde offre plusieurs amorces de lectures, mais malheureusement le cinéaste Radu Jude ne semble pas avoir envie de donner un sens et encore moins un propos cinématographique à son film.

La première lecture semble se construire sur le thème du passage de l’adolescence au monde adulte : Délia, que l’on voit au début du film recroquevillée, presque enfermée dans un mutisme, va peu à peu prendre possession de son bien en tenant tête à ses parents. La deuxième lecture aurait pu être une très bonne satire du monde audiovisuel : la jeune fille, obligée de tourner un film publicitaire pour la marque de jus de fruits qui lui a permis de gagner cette voiture, n’est pas une vedette sur un plateau, mais un objet que l’on méprise et humilie pour les besoins techniques. Une simple chose qui répète son texte, accumulant les prises sans y croire, sous les menaces de l’équipe.
Mais voilà : cette satire aurait pu s’amplifier et avoir un vrai point de vue, le conflit social et générationnel aurait pu avoir du corps, mais il n’en est rien. Radu Jude plombe son film dans un mécanisme rébarbatif, ne laissant pas entrevoir la morale de l’histoire.

Cependant, ce film présente un regard révélateur sur la société et l’économie. La Fille la plus heureuse du monde est filmé exclusivement en extérieur, sur une place encerclée du brouhaha de la circulation et cloisonnée par deux types d’architectures se faisant face : le « trop ancien » et le « moderne ». Une confrontation entre deux mondes que le scénario ne manque pas de relever. Cette famille qui vient de la campagne n’a pas sa place dans la modernité naissante de la ville de Bucarest. Un palpable décalage de société qui place la jeune fille au milieu mais sans réel ancrage. Là encore, la longueur du film vient désacraliser ce regard qui aurait sûrement été une bonne accroche.

Que comprendre de ce film ? L’immobilité est peut-être le maître mot de ce road movie avorté : tout devient statique, tout passe, la nuit arrive et tout est fini.

Titre original : La Fille la plus heureuse du monde

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Durée : 100 mn


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