Select Page

La Bella Gente (Les gens bien)

Article écrit par

De l´altruisme à l´égoïsme, il n´y a qu´un pas. Dans « La Bella Gente » d´Ivano de Matteo, un couple de gens bons et amoureux recueille une jeune prostituée ukrainienne. A leurs risques et périls.

Nadja, à peine seize ans, le corps allongé et mince, la peau douce et laiteuse, les cheveux longs jusqu’aux fesses, est assise sur le bord de l’autoroute de ce village d’Ombrie, en Italie. Bien éloignée de l’Ukraine, son pays natal, elle subit les coups et les baisers d’hommes qui la payent pour ses services, à l’arrière d’une voiture. Face à ce spectacle inhumain, un couple de Romains décide de l’accueillir dans leur maison de vacances, allant jusqu’au bout de leurs convictions.

Un couple parfait, secoué par l’Est

Susanna et Alfredo s’aiment depuis leurs vingt ans. Il est architecte, elle est psychologue auprès de femmes battues. Pour eux, pour ces gens « bons », aider est une seconde nature. Très maternelle, « mama » à l’italienne avec son fils Giulio, Susanna en fait de même avec Nadja, cette jeune prostituée qu’elle plaint, qu’elle cajole, qu’elle voit comme une gamine. Alfredo, de son côté, plus rationnel, l’aide sans trop jouer de son côté paternel et reste dévoué aux volontés de sa femme tant aimée. Progressivement, par une construction et un enchaînement finement établis, Nadja se transforme, ou plutôt se révèle être une femme fatale, sublime, aux charmes irrésistibles.

« Comment réagir quand la personne à qui l’on veut donner commence à prendre ? »

Ivano de Matteo, avec ce deuxième long-métrage, met en relief le lien étroit entre altruisme et égoïsme. En désirant critiquer une gauche italienne bourgeoise, il en vient à dénoncer le faible rapport entre vouloir aider l’autre et se protéger soi-même. Quand la jolie Nadja vit un amour avec le fils de Susanna, sa colère, sa jalousie, son mal-être viennent se révéler et déchirer le faible lien qui les unissaient. La jeune fille devient cet animal, ce corps étranger dans une maison qui a perdu de sa stabilité.

Il est difficile d’en vouloir à ce couple qui a essayé d’aider, jusqu’à la limite de leur bonne foi. Le scénario, écrit par Ivano de Matteo et sa compagne, a provoqué un sentiment de gène chez le réalisateur. Une gène qu’il explique comme liée au sentiment d’indifférence des uns envers les autres au sein de la société. L’idée de ce film est née autour d’une table, en campagne, avec des amis. C’est en parlant de prostitution avec ses amis de gauche, de misère dans le monde et de bon vin qu’Ivano de Matteo a décidé de lever le pied sur ce regard d’une bourgeoisie capable d’éprouver de la pitié quelques secondes pour les autres, tout en ne faisant concrètement rien après ces grands mots. Tourné en seulement quatre semaines, La Bella Gente s’avère au fiinal un film subtil, réaliste et humain.


Acteurs contre distributeur

Le film n’est pas distribué en Italie. La raison : un conflit entre le distributeur et le réalisateur. Ivano de Matteo a refusé que la femme et une des amies du distributeur jouent un rôle dans La Bella Gente, pour défendre la place des acteurs qu’il avait choisis, loin d’être des inconnus en Italie. Jouée par une cinquantenaire, Susanna devait être incarnée selon le distributeur par une jeune femme. Le réalisateur, sûr de son film, des idées plein la tête, refusa, malgré la perte financière engendrée par cette non distribution italienne.

C’est en France que La Bella Gente a reçu ses premières récompenses, notamment en obtenant le Grand Prix et le Prix CICAE au Festival du Film italien d’Annecy. Prix largement mérité, pour un film poignant, bien ficelé et sincère sur les rapports entre les hommes et, surtout, entre les femmes.

Titre original : La Bella Gente

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 98 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Cité sans voiles

La Cité sans voiles

Prototype matriciel du «noir procédural», «La cité sans voiles» fraye la voie vers un courant néo-réaliste semi-documentaire issu de l’immédiat après-guerre. Drapée sous une chape nocturne, la métropole new-yorkaise bruisse de mille faits divers crapuleux. Le jour venu, à l’été 1947, la brigade des homicides dont le bureau est la rue, bat le pavé brûlant des artères populeuses pour les élucider.