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Joshua

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Un enfant terrorise ses parents dans un film inégal et malmené. Une déception.

A lire le synopsis de Joshua, on pourrait s’attendre à un éventuel renouvellement du thème de l’enfant maléfique. George Ratliff semble vouloir en effet placer son film dans la longue lignée prestigieusement inaugurée par William Friedkin (L’Exorciste) et Richard Donner (La Malédiction). C’est là un exercice bien périlleux pour un cinéaste qui réalise son premier long-métrage…

La particularité de Joshua tient à ce que le réalisateur, en gage d’originalité, n’ait pas choisi de traiter son sujet comme un film d’horreur mais plutôt comme un thriller. Ainsi, le long-métrage donne la priorité aux conflits psychologiques au détriment des effusions de sang et de toutes formes caractéristiques de monstruosités. Le récit consiste en effet à suivre les dislocations internes d’une famille sans histoires, riche et heureuse. Le film, de fait, se contente d’idées toutes simples, réalistes et terre-à-terre qui, désamorçant la tournure surnaturelle des situations, l’inscrivent dans le non moins terrifiant territoire du quotidien. Si fantastique il y a, celui-ci se trouve de facto relégué en arrière-plan, derrière les mystérieux événements dont les parents de Joshua sont les témoins et dont progressivement ils deviennent les victimes.

L’enjeu du film se situe donc dans son caractère allusif. Il s’agit d’exercer sur le fil du récit une force à laquelle personne ne réchappe et de la traduire essentiellement en termes de mise en scène. Ainsi, nul effet spécial ne se montre nécessaire à faire de l’enfant un personnage maléfique, la seule interprétation de l’acteur y suffit. Glacial et distant, Joshua sème le trouble en se démarquant des autres personnages plus expressifs. Plus le jeune garçon s’avère inquiétant, plus le film lui-même se veut oppressant. Le traitement de la lumière participe à cet effet : s’ouvrant sur des tons chauds et lumineux, les images subissent au fur et à mesure de leur déroulement un procédé de blanchiment (ce même procédé qui donne du cachet aux images d’Irréversible de Gaspard Noé) qui vient accentuer les contrastes et désaturer les couleurs. Sur un même principe, le travail de la caméra privilégie d’abord les longues focales et resserre peu à peu le cadre sur lui-même jusqu’à supprimer sa profondeur de champ.

Si le scénario de Joshua permet au réalisateur de déployer tout son talent à travers la mise en œuvre d’une atmosphère sombre et tenace, un doute malheureusement subsiste. Comment, en effet, expliquer le fait que le film peine à provoquer le sentiment de peur inséparable, pourtant, du genre qu’il est censé renouveler ?

C’est au cœur même du projet de Joshua qu’il semble que le bas blesse. Se concentrant exclusivement sur la façon de rendre les effets d’atmosphère tous plus sophistiqués les uns que les autres, le réalisateur paraît perdre le sens même de son récit et le film, par voie de conséquence, son impact potentiel.

Le propos de Joshua manque cruellement de cohérence : postulant l’idée d’un enfant foncièrement mauvais par nature, George Ratliff ne parvient pas à donner une image suffisamment claire et limpide de la véritable identité et des motivations de son personnage. Joshua est méchamment inquiétant, un point c’est tout. Le cinéaste se montre donc particulièrement maladroit et inefficace lorsque, cherchant à nourrir son film d’une intrigue captivante, il introduit des éléments disparates, déconnectés et passablement inutiles. A quoi réellement renvoie la référence au catholicisme ? A la mythologie égyptienne ? Quel est le rôle exact du grenier ? Des vidéos ?… etc. Composé de situations inadéquates et incongrues, le film accumule les fausses pistes sans parvenir à rendre les choses un tant soit peu imaginables.

Le doute s’intensifie de plus belle à la fin : après avoir malmené son récit d’allusions fantastiques, le film semble revenir à son point de départ, ne résolvant aucune des pistes amorcées. A voir le comportement de Joshua, on finit en réalité par se poser des questions sur le bon fonctionnement du système éducatif américain. Joshua, en effet, ne serait-il pas tout bonnement qu’un enfant mal élevé ?

Sortie le 30 avril 2008

Titre original : Joshua

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Genre :

Durée : 105 mn


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