Select Page

Jimmy’s Hall

Article écrit par

Les bons contre les méchants dans le dernier Ken Loach, sans grand souffle.

Surprise de retrouver Ken Loach avec un long aussi classique et sans accroc que Jimmy’s Hall, annoncé à la fin du tournage comme son ultime film – l’affirmation a depuis été à demi démentie, le réalisateur britannique ayant déclaré à Cannes en mai dernier, où il concourait à nouveau en compétition officielle, qu’il attendrait les résultats du Mondial pour se décider tout à fait. Si La Part des anges (prix du jury au festival de Cannes 2012) était déjà mineur, son propos autant que son genre – la comédie – lui donnaient l’avantage de ne pas en attendre plus que ce qu’il n’était. Jimmy’s Hall conserve des accents d’humour mais renoue avec la veine historique et sociale des meilleures heures du cinéma de Ken Loach, Le Vent se lève (Palme d’Or 2006) en tête, auquel le récit fait chronologiquement suite. Nous sommes en 1932, un peu plus de dix ans après la fin des guerres d’indépendance et civile irlandaises, et Jimmy Gralton rentre au pays suite à un exil d’une dizaine d’années aux Etats-Unis. Il aide sa mère à reprendre en mains la ferme familiale, et décide bientôt de rouvrir une salle des fêtes (le “hall” du titre) sous la pression des jeunes du coin. Mais l’Eglise et les conservateurs locaux ne le voient pas d’un très bon oeil, et les provocations et menaces commencent à pleuvoir.

L’histoire est vraie : Jimmy Gralton, à peu près inconnu, est le seul Irlandais à avoir jamais été expulsé de son pays. A son retour, il aspire à la quiétude et hésite ainsi à rouvrir la salle, avant que son sentiment socialiste ne reprenne le dessus. Il est assez émouvant, au terme d’une filmographie riche et travaillée par l’individu, de voir que Ken Loach reste un cinéaste aussi politique, toujours désespéré par la manière dont l’histoire se répète. C’est aussi et paradoxalement le problème du film qui, d’un académisme triomphant, donne vite la triste impression d’une oeuvre vieillissante. Jimmy’s Hall, noyé dans une mélancolie humaniste, est à l’opposé du caractère épique du Vent se lève : une chronique villageoise paresseuse où la force du propos est sans cesse appauvrie par la platitude de l’ensemble, et la vision trop binaire des rapports de force entre bons villageois qui veulent s’instruire et s’amuser et mauvais ecclésiastiques et classe politique réactionnaires. Les dialogues sirupeux n’aident pas beaucoup : aux reproches d’un prêtre, Jimmy rétorque “Ce qui est un sacrilège, mon père, c’est d’avoir plus de haine que d’amour dans son coeur”.

Il y a pourtant un précieux savoir-faire dans Jimmy’s Hall : tourné en 35mm sur pellicule, une délicieuse rareté désormais, Ken Loach démontre un sens de la mise en scène infaillible, et la photo, tout occupée à cadrer des paysages de tourbes et vallées verdoyantes, est superbe. Le réalisateur réussit par ailleurs de nombreuses scènes (le jeu de cache-cache assez drôle entre Jimmy, sa mère et et les flics venus l’arrêter ; des retrouvailles avec un amour de jeunesse), et son film est évidemment loin d’être nul. Mais quitte à filmer les luttes sociales et politiques, on se prend à rêver qu’il ait, par exemple, eu l’idée de s’attaquer aux violences qui continuent de secouer régulièrement l’Irlande du Nord, gardant très actuel le conflit entre catholiques et protestants, pourtant officiellement enterré entre 1997 et 2007 selon les points de vue.

Titre original : Jimmy's Hall

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 109 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Perdrix

Perdrix

Une merveille romantico-burlesque, par un vrai talent en devenir de la comédie française stylisée. Un film que nous avons découvert à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes 2019.

Miss Oyu

Miss Oyu

« Miss O-Yû » est un mélo sublime mais improbable où la relation amoureuse est suspendue à un code marital d’airain d’une autre époque. Son personnage éponyme est une créature onirique, désincarnée, une femme-fantôme vénéneuse et à la fatalité destructrice comme une sorcière jetant ses sortilèges. Mizoguchi recrée l’Eurydice du mythe d’Orphée. Suavement ensorcelant en version restaurée.

La Rue de la honte

La Rue de la honte

Film choral, « la rue de la honte » lève un voile cynique sur les rapports sociaux entre ces travailleuses du sexe formant une micro-société qui serait la métastase d’une société nippone gangrenée par la misère de l’après-guerre préludant à sa reconstruction. Une œuvre testamentaire corrosive et virulente en version restaurée.