Jewish Connection

Article écrit par

A New York, Jesse Eisenberg est un jeune juif hassidique qui aspire à des jours meilleurs. Sa solution ? Le trafic de drogue. « Jewish Connection », tendance film de mafieux, et bien plus encore.

Sam a 20 ans. Juif hassidique, issu d’un milieu modeste, il aide laborieusement son père à vendre des tissus dans Brooklyn et supporte mal sa condition sociale. Persuadé que la richesse est la clé de tout, il accorde une importance excessive à l’argent et à l’image qu’il renvoie. Il joue ainsi les mules dans un trafic d’ecstasy vers Amsterdam avant de devenir dealer lui-même. Une fois riche et indépendant mais renié par les siens, il se retrouve isolé.

D’emblée dans Jewish Connection, on est assailli par les souvenirs de polars, de films de mafieux et de gangsters. Si le film est noir, la photo tire vers le brun. Des tons chaleureux, humanistes, des images naturelles et familiales, proches de films et de clichés photographiques des années 1970-1980, parmi ceux qui subliment New York et qui tissent instantanément un lien émotionnel entre le spectateur et l’intrigue.

Ce lien émotionnel provient aussi des thèmes abordés par le long-métrage de Kevin Asch. Des thèmes qui là encore sont des constantes des films de mafieux, de gangsters. L’argent, le désir d’ascension sociale, le doute, la jalousie, le poids de la famille, la foi et la moralité sont les moteurs de ces films comme de Jewish Connection. « Celui qui a un désir d’argent est toujours endetté », avance un rabbin dès le début de l’intrigue. L’homme énonce une indéniable vérité : il y a pire que l’endettement matériel. Irrémédiablement obsédé par l’argent, les sous, le fric, le flouze, le pèse, clé de sa place dans la société selon lui, Sam s’endette moralement auprès de sa famille et de sa communauté, au fur et à mesure qu’il s’enrichit cédant aux facilités du trafic de drogue. Rites et traditions religieuses à l’appui, l’homme et ses faiblesses sont ainsi au cœur de cette histoire inspirée de faits réels.
 
Le contraste entre la mise en scène, volontairement étriquée, de la vie quotidienne du jeune Sam, filmé sur le vif au sein de sa famille et de la synagogue, et de celle de son implication dans le trafic de drogue est saisissant. Jeune juif choyé en dépit de la simplicité de ses origines et de la rigueur religieuse qui l’oppresse parfois, ce personnage est au début filmé de face en pleine lumière. A l’inverse, dès son premier voyage à Amsterdam, le jeune homme est à contre jour dans l’aéroport, saisi en plan large parmi d’autres. Il n’est déjà plus Sam mais un trafiquant comme un autre, juste repérable à ses papillotes, seul élément qui le raccroche encore à son passé.

Trafiquant, Sam est peut-être sur la pente de Monsieur-tout-le-monde, mais pas son interprète, Jesse Eisenberg qui lui donne de bout en bout une crédibilité et une énergie haletante. Déjà dans The Social Network de David Fincher, l’acteur américain de 27 ans s’imposait, brillamment arrogant. A l’écran ici, tour à tour naïf adolescent et jeune trafiquant ambitieux aveuglé et éprouvé par l’appât du gain, il exerce sur nous une certaine fascination.
 
Si l’intrigue s’inscrit dans un contexte bien particulier, celui de la communauté juive hassidique, elle n’en reste pas moins universelle et conte les difficultés du passage à l’âge adulte, ses doutes, l’inexpérience et la vie rêvée.

Titre original : Holy Rollers

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 89 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..