Je suis l’autre

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Ich bin die Andere. Je suis l’autre. Le titre est limpide. Grand lieu commun de la littérature et des arts picturaux, le double constitue le thème principal du long métrage de Margarethe Von Trotta. La réalisatrice s’attarde sur le caractère versatile et polymorphe de Carolin, personnage féminin à l’identité nébuleuse. Cette femme aux allures d’executive […]

Ich bin die Andere. Je suis l’autre. Le titre est limpide. Grand lieu commun de la littérature et des arts picturaux, le double constitue le thème principal du long métrage de Margarethe Von Trotta. La réalisatrice s’attarde sur le caractère versatile et polymorphe de Carolin, personnage féminin à l’identité nébuleuse. Cette femme aux allures d’executive woman un peu guindées, possède son double, sorte d’antithèse gémellaire : Carlotta. Celle-ci affiche la même chevelure blonde mais arbore une coiffure sensuelle et met en valeur ses formes plantureuses sous une robe d’un rouge éclatant et aguicheur. Son lieu de travail : les hôtels, lieu des amours errants et fugaces. Le film met en scène l’éclatement du moi mais aussi une passion entre un ingénieur, Robert et Carolin / Carlotta, femme mystérieuse, troublante et insaisissable. Je suis l’autre traite aussi d’une relation d’amour d’un autre genre, celle qui lie une fille à son père extrêmement possessif.

Margarethe Von Trotta convoque un attirail gigantesque et malheureusement indigeste de symboles et de références pour suggérer la duplicité de l’être. La cinéaste allemande joue tout d’abord sur les noms. Au cours du drame, Robert interpelle Carlotta en l’appelant « Alice », prénom d’un personnage carollien faisant allusion aux films de Lynch et de Moll. Dans Lost Highway et Lemming, Patricia Arquette et Charlotte Rampling interprétaient toutes deux une femme aux multiples facettes, prénommée Alice comme le personnage de Margarethe Von Trotta, laquelle apparaît ainsi comme un épigone.

Autre thème, autres symboles érodés. La passion dévorante transparaît dans la tenue écarlate de Carlotta, rappelant celle du Petit Chaperon Rouge qui croise sur son chemin le grand vilain méchant loup, personnage culte et ô combien suggestif. Cet amour viscéral est aussi évoqué à travers la métaphore du feu tandis que l’alliance du bleu virginal et du désert, connotant la stérilité, laisse présager une relation nécessairement vouée à l’échec.

Le caractère singulier du rapport entre la figure paternelle et sa progéniture est, quant à lui, suggéré par le traitement de l’espace. La réalisatrice fait évoluer ses protagonistes dans des lieux ouverts mais également fermés comme les caves et les sous-sols associés à l’expression des instincts. Le cadre spatial crée une sorte de huis clos évoquant le lien particulier entre père et fille, lien derrière lequel se camoufle un secret aux lourdes répercussions.

Je suis l’autre est riche, décidément trop riche en symboles et s’enfonce dans la paresse. La mise en scène manque cruellement d’originalité. Ainsi, pour montrer la dualité de Carolin, la réalisatrice exploite sans surprise un jeu de miroirs. Idem pour le scénario saturé de propos éculés. Les personnages s’inscrivent dans cette même voie où la banalité est flagrante. Ils ne se résument qu’au final à des stéréotypes parmi lesquels figurent l’amant fasciné par sa belle mystérieuse, la femme tantôt étriquée, tantôt séductrice puis la servante entraînant évidemment le maître céans dans une relation adultère. Reste le personnage du père, seul capable de susciter un intérêt, intérêt hélas dilué dans cette enfilade de lapalissades, de propos creux et de métaphores rebattues.

Titre original : Ich bin die Andere

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Durée : 104 mn


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