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Iron Man 3

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Réduit à l´état de vulgaire canette, Iron Man revient avec un épisode très loin de l´intelligence du premier.

Avec ce personnage aussi brillant qu’orgueilleux nommé Tony Stark, marchand d’armes reconverti en Superman habillé de fer blanc, Marvel était parvenu à imposer à l’industrie du cinéma un super-héros cynique à souhait. Voilà qui changeait de l’éternel adolescent Peter Parker/Spider-Man (pour de bons films signés Sam Raimi, par ailleurs, en 2002, 2004 et 2007) et surtout des très ratés Hulk (Louis Leterrier, 2008), Green Lantern (Martin Campbell, 2011) et autres Captain America (Joe Johnston, 2011), poupées sans vie dont des producteurs peu scrupuleux ont tiré les ficelles dans le seul but de faire sonner la caisse enregistreuse. Iron Man premier du nom (Jon Favreau, 2008) était une vraie bonne surprise et son excellent scénario n’était pas la moindre de ses qualités.

Difficile d’en dire autant avec de troisième épisode dont on attendait pourtant beaucoup, après un Iron Man 2 (Jon Favreau, 2011) défectueux. Cette fois, Marvel (racheté par Disney en 2009) avait confié les rênes à un scénariste/réalisateur plus engageant (et engagé) que Jon Favreau : Shane Black, célèbre pour ses scénarii de la série L’Arme fatale (1 et 2 – Richard Donner, 1987 et 1989), revenu sur le devant de la scène en écrivant et mettant en scène Kiss Kiss, Bang Bang en 2005. La confiance régnait donc au sein de la communauté des cinéphiles, peut-être un peu moins pour celle des passionnés du comic book effrayés à l’idée qu’un tel trublion puisse s’approprier leur super-héros préféré. Qu’ils soient rassurés : dissimulé derrière l’irrévérence charismatique de Tony Stark se déploie un script d’une vacuité inquiétante, où toutes les bonnes idées sont phagocytées par la recherche du consensus. Iron Man 3 veut plaire au plus grand nombre et en mettre plein la vue ; toute autre ambition, esthétique ou narrative, est soigneusement gommée.

Le Tom Clancy du pauvre

Tout l’intérêt du film est concentré dans les trente premières minutes, notamment autour de la personnalité du mystérieux Mandarin. Ce terroriste aux origines multiples, asiatiques d’un côté (son pseudonyme et son apparence parlent pour lui), moyen-orientales de l’autre (le style de ses vidéos de menaces rappelle celui des membres d’Al-Qaïda) est incarné par un Ben Kingsley remarquable, chacune de ses scènes étant plus étonnante que la précédente. Ce nihiliste défie l’Amérique et jusqu’au président des États-Unis lui-même (joué par William Sadler, le colonel Stuart de 58 minutes pour vivre – Renny Harlin, 1990) d’installer sur le territoire un règne de chaos. Sérieusement échauffé par la grave blessure de son garde du corps, Tony Stark enjoint le Mandarin à venir le chercher chez lui, et c’est alors que la castagne commence.

Un terroriste international de grande envergure, capable de frapper dans la chair molle des États-Unis ; une intrigue édifiée autour d’une substance qui permet aux organismes de se régénérer ; un Tony Stark qui voit sa villa somptueuse de Malibu, symbole de son orgueil démesuré, être détruite par l’émissaire d’un Orient en pleine révolte contre la vanité américaine… Shane Black voulait que son film ressemble moins au précédent, avec ses bastons d’hommes de fer, et davantage à un roman géopolitique de Tom Clancy. Le sujet, en effet, permet d’y prétendre – et l’actualité des attentats de Boston, malheureusement, lui donne rétrospectivement raison. Mais très vite, le scénario signé Black et Drew Pearce se contente d’enfiler les banalités comme des perles en oubliant son projet d’origine. Dès lors que le personnage du Mandarin révèle sa véritable nature, lors d’une séquence certes savoureuse, l’intrigue change de route pour retrouver les sentiers bien battus de la pochade d’action hollywoodienne. Au temps pour Tom Clancy. Et pour l’intérêt du spectateur.
 
 

 
 
Débauche d’ébauches

En fait de réflexion géopolitique, Iron Man 3 se réduit à une succession d’idées ébauchées qui n’aboutissent jamais à rien. Typiquement, il s’agit de personnages qui vont et viennent dans l’histoire (Rebecca Hall disparaît un bon moment sans raison particulière) et de sujets à peine esquissés, qui aussi vite que possible laissent place à une autre idée, comme s’il fallait continuellement entretenir le public avec de la poudre de perlimpinpin. Les situations s’enchaînent de façon abracadabrantesques, menées tambour battant par des protagonistes au choix naïfs ou stupides, pour culminer dans un paroxysme désordonné fait d’explosions, de bastons et d’improbables rebondissements, dans un décor de docks qui rappelle furieusement L’Arme fatale. Le tout mal filmé, mal emballé et écrit à l’aveuglette.
 
Hors son second degré, la seule qualité de Shane Black est de cultiver avec talent l’art de la superposition, faisant de ce Iron Man un prolongement des autres films de super-héros. On notera, pour s’en convaincre, la présence de Jon Favreau (réalisateur des deux premiers opus) en garde du corps de Tony Stark, les références régulières aux péripéties des Avengers (Joss Whedon, 2012) et notamment la grande bataille finale au cœur de New York, les moqueries du méchant à l’égard de Thor, le « type au marteau », ou encore l’habituelle séquence post-générique invitant un autre personnage emblématique de la bande à Marvel, qu’on ne révèlera pas pour ne pas gâcher l’une des rares surprises de ce long métrage. On y retrouve aussi tout l’humour sarcastique partagé par Stark et Shane Black, implosant dans quelques scènes très réussies. Mais pour voir un film de super-héros qui respecte au mieux son cahier des charges et procure une bonne dose de plaisir, on retournera voir cet archétype du Marvel réussi qu’est, justement, Avengers.

Titre original : Iron Man 3

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Durée : 131 mn


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