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Forces spéciales

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Un kilomètre à pied, ça use, ça use (surtout dans les zones tribales pakistanaises)…

Dans cet incomparable navet, épisode particulièrement peu reluisant dans une histoire du film de guerre français qui l’est déjà si peu, un petit groupe de soldats d’élite est parachuté près de la frontière afghano-pakistanaise pour voler au secours d’une journaliste française enlevée par de méchants talibans. Après avoir manqué le rendez-vous fixé avec l’équipe d’extraction, ils s’enfoncent, poursuivis par des ravisseurs très fâchés de s’être fait reprendre leur proie, dans les montagnes en direction de l’Afghanistan.

Apparemment obnubilée par le fait de faire un film ayant l’air à la fois pro et sympa (comme une publicité pour l’armée en fait), l’équipe, devant comme derrière la caméra, force le trait avec une absence de naturel confondante, multipliant à tous les niveaux (scénario, mise en scène, interprétation…) les mauvais clichés et les raccourcis d’une facilité lamentable, comme si l’inscription dans un genre pouvait justifier tout et n’importe quoi, le modèle étant ici le film de commando hollywoodien. En affichant une édifiante satisfaction dans son caractère emphatique et réconciliateur, le film se plante totalement : pas une scène, une construction de personnage, un enchaînement de situations, ne tient sérieusement la route. Même les scènes de combat sont ratées : il suffit que le groupe s’éparpille en plusieurs endroits d’un village pour qu’on ne comprenne plus rien à la topographie des enjeux (et pourtant le montage n’est pas si rapide). Très premier degré, très sérieux, le film bafouille une exaltation appauvrie, dépourvue de tout souffle épique de l’héroïsme de ses personnages, de leur sens du devoir et du sacrifice.

Il échoue finalement sur les deux fronts pertinents dans ce type de sujet, fronts sur lesquels il s’engage pourtant : être un pur film d’action à la manière de ces soldats qui disent qu’ils ne font pas de politique et ne sont là que pour faire le boulot, et proposer malgré tout après coup, prise de conscience ici assez enfantine, un point de vue sur l’altérité proposé par ces mauvais talibans. Cela pour faire, en somme, de cette situation –un petit groupe isolé en territoire étranger et traqué par des hordes d’ennemis– un enjeu de mise en scène, et pourquoi pas de réflexion politique. Le résultat est d’une étonnante fadeur. Très répétitif, très plat, le film ne propose pas grand-chose d’autre que de petites vignettes avec d’un côté des gens en armes (super-équipés) qui tirent à tout-va, et de l’autre des barbus à turban qui courent, tirent un peu et surtout meurent (beaucoup, quant à savoir combien, on ne les a pas comptés).

L’alternance entre échanges de coups de feu dans le désert et séquences émotions distillées suite à la mort de quelques soldats français est ici fatale. On est très loin de l’ironie grinçante d’un Douze salopards. La progression binaire (boum-boum / ouin-ouin) se fait ici sur fond de dignité patriotique, dans une absence de distance  troublante (hommage à ces soldats qui meurent loin de chez nous évidemment pour la bonne cause). Quant au point de vue développé, on pourra le résumer ainsi : une petite blonde nous permet de découvrir que l’armée, c’est parfois dur mais qu’on y trouve des gens sympas (…même un fiancé), que c’est très utile quand on a des problèmes (comme être pris en otage), que dans la montagne il y a plein de gens pauvres mais sympas (on a le droit de pleurer quand ils meurent, comme avec les Français), qu’on y trouve également des femmes courageuses qui savent se faire tuer en gardant le sourire, que le paysage est dur, mais joli (même mal filmé)… .Eh oui, car Forces spéciales, c’est aussi une sorte de « Martine au pays des talibans », une Martine va-t-en-guerre, une caméra vidéo dans une main, un fusil dans l’autre. Son parcours illustré montre bien que les enjeux internationaux, c’est pas de la rigolade et qu’il vaut mieux laisser ça à ceux qui savent y faire, ceux qui y vont avec des fusils. Pour le cinéma, pour la complexité de la situation, pour une analyse soutenue par un regard aiguisé, on repassera.

Titre original : Forces spéciales

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Durée : 107 mn


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