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Festival de Cannes 2019 : le Palmarès et tout ce qu’il faut retenir de cette 72e édition

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Retour sur une édition splendide avec un Palmarès assez surprenant, qui a donné la Palme d’Or au Coréen Bong Joon-ho plutôt qu’à Quentin Tarantino ou Pedro Almodovar.

Mais aussi un Grand Prix à Mati Diop et son film Atlantique, un Prix du Jury ex-aequo à Ladj Ly et Kleber Mendonça Filho. De quoi revenir en détails sur ces récompenses et sur les films de l’une des plus belles années à Cannes pour les cinéphiles.

Palme d’Or pour l’excellent Parasite de Bong Joon-ho

Les rumeurs le donnaient gagnant de cette édition et elles ont eu raison de se fier au succès critique, dont bénéficiait pourtant d’autres lauréats : Almodovar pour une première Palme envisageable et Tarantino pour son magnifique Once upon a time… in Hollywood.

Cette première Palme d’Or attribuée à la Corée du Sud est méritée. Le film de Bong Joon-ho traite avec une grande maîtrise et une belle originalité d’une thématique déjà appréciée l’année passée dans le film de Kore-Eda (Une affaire de famille) : les disparités entre riches et pauvres dans la société coréenne. Dans Parasite, où deux familles, l’une riche, l’autre pauvre, se retrouvent grâce aux manigances de la plus défavorisée, on constate tout le talent du réalisateur de Memories of murder ou Mother. La mise en scène est parfaite, la lumière splendide, la direction d’acteurs et d’actrices est juste, le scénario magnifiquement écrit. On rit autant que l’on s’étonne du final de ce long-métrage divinement bien réalisé. Véritable engrenage, pas une minute du film n’est en trop, c’est une véritable descente en enfer où la psychologie des personnages dépasse ce que l’on pouvait imaginer, et surtout dépasse les frontières. Que l’on soit Coréen, Français ou Russe, l’universalité et l’émotion de Parasite nous transperce. Une Palme d’Or que vous pourrez vite découvrir au cinéma, le film sort le 5 juin.

Un Grand Prix pour le film engagé de Mati Diop, Atlantique

Remis par la star internationale Sylvester Stallone, ce Grand Prix est étonnant. Vue la qualité de la Compétition et malgré un scénario très intéressant, Atlantique aurait eu d’avantage sa place dans la sélection Un Certain Regard. C’est sans doute grâce à la thématique de ce long-métrage, les migrants et le rêve d’une vie meilleure, tourné à Dakar, que la réalisatrice a charmé le jury de cette édition. Maladresses dans la réalisation, plans agaçants sur la mer et dialogues qui sonnent creux, on reconnaît l’originalité du film et la belle histoire d’amour racontée, mais il est difficile de croire en l’obtention de ce Grand Prix par Mati Diop, qui signe d’ailleurs ici son premier long-métrage. Comme quoi, tout est possible à Cannes, même la surprise de ce prix face à la présence de tels metteurs en scène dans la Compétition Officielle.

Prix du jury ex-aequo pour Ladj Ly et Kleber Mendonça Filho

Surprise encore, ce prix ex-aequo alors que Les Misérables de Ladj Ly méritait largement le prix à lui tout seul. En effet, ce premier long-métrage de l’ancien membre de Kourtrajmé est terriblement bien réalisé, quoi que déjà vu dans ses personnages ou dans ses idées de scénario. Un Prix du Jury est justifié, une Caméra d’Or aussi mais c’est Cesar Diaz et son film Nuestras Madres qui remporte le prix du meilleur premier film en compétition à la Semaine de la Critique. Le Jury s’est laissé convaincre par Les Misérables, prochainement en salle, un film coup de poing sur le rapport difficile entre les policiers et les jeunes de cité. Un film très personnel aussi, de l’intérieur, qui est dans l’action et dans le sensationnel. Même récompense pour Bacurau donc, de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles (deux réalisateurs Brésiliens), l’histoire d’une ville qui disparait, avec une mise en scène spectaculaire.

Prix d’interprétation féminine pour Emily Beecham, masculine pour Antonio Banderas

La grande déception de ce Palmarès, ce sont ces deux prix. Autant nous pouvions l’attendre en ce qui concerne Antonio Banderas, pour son rôle titre dans Douleur et Gloire où il incarne subtilement Pedro Almodovar lui-même. Un rôle juste, sincère et intime. Mais il faut reconnaître la force et l’humour de Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans Once upon a time… in Hollywood de Quentin Tarantino, qui repartent tous les trois les mains vides. De même que pour Emily Beecham, l’actrice au personnage si froid et si difficile dans Little Joe de Jessica Hausner. D’autres actrices auraient mérité une Palme plus légitime, comme Adèle Haenel et Noémie Merlant pour leur interprétation splendide dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, ou Ophélie Bau dans le polémique Mektoub, my love : Intermezzo d’Abdellatif Kechiche, ou encore Virginie Efira extraordinaire dans Sibyl de Justine Triet.

Prix du Scénario pour Céline Sciamma et Prix de la Mise en scène pour les frères Dardenne

« Le prix de la mise en scène, n’est-ce pas le plus beau prix pour des réalisateurs ?« , s’étonnaient Jean-Pierre et Luc Dardenne, après avoir reçu ce Prix des mains de Viggo Mortensen pour Le Jeune Ahmed. Même si bien sûr, on aurait plutôt imaginé un Prix du scénario, sachant que leur film évoque avec brio l’endoctrinement d’un jeune garçon en Belgique, contre l’avis de sa famille et de ses proches, la mise en scène du film est réussie, autant que la direction d’acteur. On ne saurait plus critiquer de tels metteurs en scène, déjà lauréats de deux Palme d’Or, pour Rosetta et L’Enfant. Le Prix du Scénario a été remis à la talentueuse réalisatrice Céline Sciamma, pour son film d’époque Portrait de la jeune fille en feu. Amour interdit entre deux femmes, une peintre et une fille de bonne famille, ce long-métrage est particulièrement bien réalisé, sensible et doux.

Palme d’Or des Courts Métrages, Mention spéciale du Jury et autres prix du Festival

La Palme d’Or en court métrage revient à Vasilis Kekatos, pour son film The Distance between us and the sky. En 9 minutes, le réalisateur Grec nous raconte l’histoire de deux inconnus qui se rencontrent pour la première fois, la nuit, dans une station-service perdue. Alors que le premier fait le plein, il manque quelques euros au second pour rentrer chez lui. Les deux hommes vont marchander le prix de ce qui les sépare d’une histoire. Le Jury Officiel a aussi attribué une Mention Spéciale au réalisateur Palestinien, Elia Suleiman, pour son film It Must Be Heaven. le réalisateur a reçu son prix  des mains de Chiara Mastroianni dans la plus grande simplicité. Et c’est Chiara Mastroianni justement qui a reçu le prix d’Interprétation pour son rôle dans Chambre 212 de Christophe Honoré dans la catégorie Un Certain Regard. Dans cette catégorie, le film du Brésilien Karim Aïnouz a été récompensé.

La Semaine de la Critique a décerné son prix au magnifique film de Jérémy Clapin, J’ai perdu mon corps, un film d’animation subtil et terriblement bien réalisé. Pour la Quinzaine des Réalisateurs, c’est Rebecca Zlotowski et son film Une Fille Facile avec Zahia qui a remporté le Prix SACD. Un film choc, sincère et très féminin, juste dans son propos et dans son rapport au corps féminin, le temps d’un été. Enfin, on retiendra un très beau film présenté à l’ACID, Take me somewhere nice, le premier long-métrage d’Ena Sendijarevic, dont nous nous ferons un plaisir de vous écrire la critique prochainement.

Une Compétition Officielle exceptionnelle, une édition difficile pour le Jury présidé par Alejandro Gonzalez Inarritu. Ce qui marquera ce 72e Festival de Cannes, c’est la liste impressionnante des réalisateurs et réalisatrices en Compétition, de grands noms du cinéma : Ken Loach, Quentin Tarantino, Jim Jarmusch, Céline Sciamma, Jessica Hausner, Xavier Dolan, Bong Joon-ho, Pedro Almodovar, Terrence Malick, etc. Petite déception pour Quentin Tarantino et Terrence Malick, qui méritaient largement avec leurs films une Palme d’Or. Comme quoi chaque année, c’est à la Clôture que nos étonnements sont les plus grands. A l’année prochaine !

 

Retrouvez l’ensemble de nos articles pendant le Festival de Cannes, avec un décryptage des films en Compétition Officielle. 

CANNES 2019, JOUR 9 : XAVIER DOLAN EN ACTEUR, LEONARDO DICAPRIO EN ÉCOLO ET MARCO BELLOCCHIO EN MAESTRO DE LA MAFIA
 CANNES 2019, JOURS 7 ET 8 : TARANTINO AU SOMMET, LES DARDENNE TOUCHENT LE SENSIBLE, BONG JOON-HO POTENTIELLE PALME D’OR
CANNES 2019, JOUR 6 : CÉLINE SCIAMMA TRÈS ÉMUE, REBECCA ZLOTOWSKI À LA QUINZAINE AVEC ZAHIA ET GASPAR NOÉ EN MAÎTRE DE L’ÉPILEPSIE
CANNES 2019, JOURS 4 ET 5 : ELTON JOHN AU TOP, ALMODOVAR EN BONNE PLACE POUR SA PREMIÈRE PALME D’OR ET CLAUDE LELOUCH ÉMOUVANT
CANNES 2019, JOURS 1, 2 ET 3 : DES FILMS COUPS DE POING EN COMPÉTITION AVEC KEN LOACH, MATI DIOP ET LADJ LY
LE FESTIVAL DE CANNES 2019 : NOS ATTENTES POUR CETTE 72E ÉDITION

 

 

Crédit : Festival de Cannes

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