Sous le ciel de Kyoto

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Les saisons du cœur.

À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics en compagnie de Sacchan, Toru garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre en amphithéâtre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux avant qu’elle ne disparaisse soudainement, comme Sacchan.

Nouveau long-métrage de la réalisatrice Akiko Ohku, dont nous avions apprécié Tempura (2020), Sous le ciel de Kyoto emprunte la même veine poétique, lyrique, et tragique. Toru, étudiant solitaire (ou presque, il a un seul ami, son opposé) et introverti, mène son existence sous son parapluie toujours ouvert quel que soit le temps et la saison. Ce fétiche surprenant le protège symboliquement, voire métaphoriquement, d’un tourment intérieur et d’un environnement virtuellement amical mais qu’il tient à distance. Yamane, son seul ami, constitue un contrepoint humain, baroque, et sympathique. En dehors de sa vie estudiantine, Toru travaille dans un bain public en compagnie de Sacchan, une jeune musicienne fantasque qui rend leur labeur quotidien en instants farfelus. Sacchan aime secrètement Toru qui ne s’en rend pas compte, car son âme et son cœur de Toru se focalisent uniquement vers une étudiante discrète, « la fille des nouilles soba », Hana, qui assiste seule aux cours et déjeune isolée à la cafétaria de l’université. Toru, un  jour, décide de l’aborder en se plaçant près d’elle dans l’amphithéâtre, décision qui amorce une relation douce, tendre, poétique, qu’Hana place sous le signe du hasard, de la sérendipité, comme si le destin les avait créés puis réunis parce qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Leur romance se poursuit agréablement dans des endroits où le monde extérieur semble disparaître autour d’eux. D’autres disparitions, celles des deux personnages féminins, se produiront concomitamment. Le hasard, une fois encore, réunira ces aléas et autres variations sur l’éducation sentimentale de nos protagonistes.

L’esthétique du film emporte notre enthousiasme, par ses diverses qualités. En premier lieu, Kyoto, qui prend ici une allure particulière, cette ville se trouvant réduite à quelques lieux récurrents (université, bain public, café, studio de Toru), tels un espace mental traduisant les émotions et les bouleversements affectifs des personnages. Ensuite, le titre traduit doublement la tonalité du film où s’entrecroiseront poésie des sentiments, et profondeur des émotions. Le ciel est effectivement omniprésent dans cette œuvre découpée en plusieurs chapitres, en plusieurs saisons et atmosphères, avec la pluie, la neige, ou le soleil en toile de fond du parcours sentimentale des trois jeunes gens. La réalisatrice nous convie également à des moments délicieux de silence et de rêverie filmés dans un parc attenant à l’université, en compagnie des cerisiers japonais.

Une des scènes les plus intenses de Sous le ciel de Kyoto, placée au beau milieu du long-métrage, consiste en un monologue époustouflant déclamé par Sacchan, la nuit, à la sortie du bain public à l’issue d’une soirée de travail : elle exprime magistralement son amour pour Toru, tout en lui prodiguant des conseils de vie. Une scène d’anthologie qui constitue un twist, le film prenant désormais une tournure plus grave, voire réaliste, aux yeux de Toru comme à ceux du spectateur. Akiko Ohku et son équipe ont su effectuer un remarquable travail sur les voix, notamment lors de ce passage, mais aussi pour d’autres sons, par exemple ceux de la pluie, le bruit de la boîte aux lettres du sauna, ou des téléphones portables. Outre les sons, les images, les couleurs, les lumières correspondent à la progression narrative, la colorimétrie savamment agencée dans les lieux fréquentés semble s’accorder aux joies et aux peines des personnages. Ohku passe même d’un format 4:3 (lyrisme, nostalgie) au plein écran (ouverture des êtres), avec cadres partagés (écran scindé en deux), visions oniriques aquatiques) et parcelles de quotidien (le labrador, symbole d’attente affectueuse de son propriétaire aux abords d’un café). Un régal pour l’esprit et le siège des sentiments.

Film sensible, emprunt d’une philosophie proche du carpe diem ou de l’ikigai, mais sans alourdissement du propos, Sous le ciel de Kyoto nous propose une vision touchante de l’existence de jeunes adultes comme du cinéma, loin, très loin, des odyssées coûteuses dépourvues de regard humain et mélodieux sur ses personnages. Le cinéma sans humanité n’est qu’abstraction futile. Révisons nos classiques sans succomber aux charmes trompeurs des sirènes estivales pyrotechniques.

Titre original : Kyo no Sora ga Ichiban Suki, to Mada Ienai Boku wa

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Durée : 127 mn


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