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Fatal

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Un personnage sympathique, un album à succès gentiment parodique, deux-trois tubes efficaces mis en valeur par des clips bien fichus… Était-ce une bonne raison de prolonger la blague, Michael ?

Plus horrible qu’attendu, Fatal ne laisse aucune chance. Aucune chance de prendre ne serait-ce qu’un minimum de recul devant sa laideur obstinée, de tenter de déceler ne serait-ce que l’embryon d’une recherche esthétique de la part de son auteur. Peine perdue dès le départ : le premier – et dernier ? – film de Michael Youn n’est rien moins que l’une des plus tragiques tentatives de comédie « populaire » française vue depuis des lustres. Plus triste qu’un Camping 2, par exemple – ce qui relève quand même de l’exploit –, Frank Dubosc et ses amis ayant au moins la politesse de faire dans le nul non agressif, de n’accéder au néant que par la paresse de proposer mieux que le recyclage de gags éculés. Là où Fatal fait juste mal aux yeux, aux oreilles, à la tête, éveillant une gêne peu commune au constat que vulgarité et humour gagnent plus que jamais à faire chambre à part.

Jouant à fond la carte de la lourdeur assumée (vomi, très gros plans sur les trognes poilues de ses comparses, zéro suggestion…), Youn donne le sentiment de s’être embarqué tel un kamikaze dans le pilotage hasardeux d’une machine trop lourde pour lui. Le concept « Fatal Bazooka » (album T’as vu, gros succès en 2007) avait son charme, pris dans le cadre d’un prolongement des précédentes tentatives d’incruste et de concurrence de Michael Youn et ses comparses de feu le Morning live avec les hits idiots des années 2000. Les Bratisla Boys, Alphonse Brown, Fatal Bazooka prouvaient par A+B (paroles minimalistes et répétitives sur un arrière fond musical dans l’ère du temps, gentiment funky) qu’accéder au sommet des charts, côtoyer Eminem, TATU ou les L5 était une sinécure, à condition de savoir surfer au bon moment sur la vague de son éphémère notoriété.

Petit hic : cette réappropriation potache des codes de la société du spectacle, cette ambition de démanteler les rouages de la culture mainstream à laquelle lui-même appartient depuis dix ans restent soumises aux exigences spécifiques de chaque médium. La temporalité restreinte du clip, sa concision – dont bénéficiait jusqu’ici ce personnage de Fatal Bazooka – éclaire ici cruellement quant aux limites narratives et visuelles du film. Ok, dans le showbiz tout n’est qu’apparence, les stars du jour jetables comme des kleenex, les blondes aussi godiches que dans les blagues Carambar. Donc ? Donc voilà. Reste à comptabiliser dans un petit mois les 2-3 millions de spectateurs voyant encore en Fatal/Youn un grand penseur de notre temps.

Permettons-nous juste de conseiller au néo-cinéaste de prendre tout son temps avant d’envisager un éventuel deuxième film. N’est pas Mia Hansen-Løve qui veut…

Titre original : Fatal

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Durée : 95 mn


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