Select Page

DVD « Vacances à Paris »

Article écrit par

Redécouverte d’une oeuvre plutôt méconnue de Blake Edwards.

À l’époque où il réalise Vacances à Paris (1958), Blake Edwards n’a pas encore acquis la renommée qu’il connaîtra bientôt grâce à des films comme Opération Jupons (1959) ou encore Diamants sur canapé (1961), qui contribueront à lancer véritablement sa carrière. Vacances à Paris permet aussi de retrouver Tony Curtis et Janet Leigh, qui ont souvent tourné ensemble et constitué aussi bien à l’écran qu’à la ville un couple irrésistible. C’est l’année suivante, en 1959, que Tony Curtis épatera le public pour son rôle dans Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder, avant de retrouver Blake Edwards pour Opération Jupons. Janet Leigh, quant à elle, incarne dans Vacances à Paris une femme moderne avant l’heure dans son rôle du lieutenant Vicky Loren. L’actrice vient de terminer La Soif du Mal (1958) avec Orson Welles et n’a pas encore époustouflé le monde avec son rôle de Marion Crane dans Psychose (Alfred Hitchcock, 1960).

Comme souvent chez Blake Edwards, les personnages secondaires, tout comme leurs interprètes, sont savoureux. Chacun d’eux apporte à cet univers un peu plus d’entrain et de justesse, à l’image de Liz Baker, l’assistante de Sandra Roca, à la fois pleine de grâce et d’humour, incarnée par la fabuleuse Elaine Stritch, ainsi que l’agent de Sandra, Harvey Franklin, ronchon et cynique, interprété par Keenan Wynn. Le titre original du film, The Perfect Furlough, est éloquent. C’est effectivement d’une permission, idéalement parfaite, dont il est question tout au long du film.

 

 

C’est l’histoire d’une centaine de soldats qui, depuis sept mois, se trouvent isolés sur une station radar américaine quelque part au milieu du Pôle Nord. Ils sont tous célibataires, mais également vulnérables et affaiblis par ces sept mois d’abstinence en matière de relations sexuelles. L’armée avait pourtant décidé de ne pas y envoyer d’hommes mariés afin, justement, d’éviter ce genre de difficultés. C’est néanmoins raté et, le moral des troupes commençant à être sérieusement atteint, l’état-major décide alors d’organiser ce qui ressemble, illusoirement, à la permission parfaite. Il s’agit pour eux de mettre en place un concept simple qui pourrait, de nos jours, constituer le motif d’une malheureuse émission de téléréalité américaine. Effectivement, parmi les cent quatre soldats présents sur la base, un seul sera tiré au sort et se verra alors envoyé en permission à l’endroit et avec la femme que la troupe de soldats aura auparavant désignés. C’est ainsi que, par un tour de force plutôt amusant, le caporal Paul Hodges (interprété par Tony Curtis) se retrouve propulsé à Paris dans les bras de la séduisante star argentine Sandra Roca (jouée par Linda Cristal).

Le début du film peut se révéler un brin irritant dans la mise en place, par l’entremise de ces soldats au bord de l’explosion, de caractères masculins rustres et balourds. Néanmoins, Blake Edwards parvient à contrebalancer ce manque de finesse par des messages plus subtils. Ainsi, cette frustration sexuelle n’est à aucun moment mieux transmise que lors de la scène où Paul Hodges, inconfortablement assis sur un petit lit de soldat, joue aux fléchettes. Le jeu n’en est plus un tant il tire, d’un geste monotone et répétitif, vers une cible représentant une pin-up (Sandra Roca, sans nul doute), certes séduisante, mais en carton. Lorsque le caporal Hodges atterrit à Paris, il n’a donc qu’une seule chose en tête : séduire et dévergonder la bimbo.

 

 
En parallèle et après quelques recherches au sein des dossiers de l’armée, colonels et lieutenants découvrent la fâcheuse popularité de Hodges en matière de femmes. C’est un fait : ils ont tiré au sort le pire de tous. Paul Hodges plaît aux femmes, il le sait, et sa réputation ne l’a jamais trompé. Il a réussi à désarmer les plus prudes d’entre elles. C’est aussi pour cela que nous sommes plus que déçus lorsque le scénario révèle, finalement, un personnage loin d’être à la mesure de ses ambitions. Le séducteur invétéré baisse très, trop vite les bras et, s’il y a un semblant de lutte, c’est pour être presque aussi vite épuisé. Son travail de séduction envers Sandra Roca, hormis quelques batifolages à peine entamés, va vite être interrompu, l’insistance du Don Juan prenant fin aussitôt que la dame lui eût fait savoir qu’elle était mariée. Ni flirt ni adultère, donc, la faute à la censure et aux bonnes mœurs du cinéma classique hollywoodien.

Cependant, il fallait effectivement se débarrasser rapidement de cette idylle sans lendemain entre Hodges et Sandra Roca, une autre préoccupant plus grandement le spectateur, celle naissant entre le caporal Hodges et le lieutenant Vicky Loren (Janet Leigh). C’est de cette rencontre, à la fois évidente et compliquée, que le film se délecte. Une histoire d’amour entre une femme lieutenant et un soldat n’est pas une affaire simple et c’est dans sa dernière partie que le film de Blake Edwards trouve tout son dynamisme. Il y a enfin des obstacles et une véritable envie de les surmonter. Ainsi, la course-poursuite entre Vicky qui tente de fuir Hodges et ce dernier qui essaie de la rattraper est, sinon marquante, au moins entraînante. Le personnage du caporal Hodges semble enfin prendre des risques. Ces scènes, réussies, sont néanmoins frappées par des imperfections, dont le Paris de carte postale, qui n’a rien de remarquable ou de mémorable, ainsi que les virées dans la capitale filmées soit avec des doublures, soit à la lumière d’un studio, en transparence. Également, les accents à couper au couteau des acteurs censés incarner les Français, pour le coup fort agaçants. Tout ceci découle d’un manque d’audace propre à l’époque et que les révolutions des années 1960 viendront bientôt résoudre. En attendant, le film possède en lui quelque chose d’immanquablement réjouissant dont il serait dommage de se passer.

 

Vacances à Paris de Blake Edwards – DVD édité par Universal Pictures Video – Disponible depuis le 21 janvier 2014.

Titre original : The Perfect Furlough

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 93 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

11 fois Fatima

11 fois Fatima

Un film trop doux dans sa mise en scène qui n’ose pas raconter ce qu’il nous raconte : la longueur de la route nous endort au lieu de nous faire vivre une expérience aux limites du corps et du collectif.