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DVD et Blu-ray « Dark Star »

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Ressortie en DVD et en Blu-ray du premier film de John Carpenter.

Film de fin d’études du duo John Carpenter – Dan O’Bannon – futur scénariste de la série Alien et de Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) -, dont le tournage fut commencé dans des conditions du plus grand amateurisme avant d’être repris en main et transformé en long métrage, Dark Star se regardera sans déplaisir malgré ses défauts : des articulations qui ne se font pas toujours très bien au sein du scénario, et un humour un peu potache qui n’arrive pas bien à trouver sa place dans une mise en scène qui insiste sur un écoulement interminable du temps, un ennui, un sentiment de vide, ne pouvant lui laisser prendre toute la mesure de sa fantaisie. Mais si l’on aime un peu Dark Star malgré tout, c’est parce que s’y laissent deviner, au-delà des limites de l’exercice de l’hommage parodique réalisé par deux cinéphiles amateurs de science-fiction, des préoccupations plus fondamentales qui irrigueront les trajectoires de ses deux auteurs. Si elles s’avancent ici un peu trop masquées derrière la tentation de la grosse blague, elles n’en apparaissent pas moins dans certaines scènes, lorsqu’une plus grande sincérité laisse apparaître des failles, où l’appartenance à une humanité, où le destin de l’image de l’homme, posent question.

Une bande de cosmonautes barbus et chevelus erre dans l’espace depuis une vingtaine d’années à bord du Dark Star, faisant régulièrement exploser des planètes jugées instables. Au milieu d’un grand nulle part, ils naviguent suivant une géographie absurde – les systèmes et les planètes ne sont jamais autre chose que des petits points lumineux tous semblables -, accomplissant leur mission avec un relâchement qui n’a d’égal que la ténuité du lien rattachant l’équipage à la Terre et aux autres membres de son espèce. En perdant le sens de leur action, ils perdent également peu à peu de leur identité, jusqu’à oublier leurs noms. Le lâchage d’un alien de nature pour le moins étonnante – il s’agit d’un gros ballon rouge, muni de mains de sorcière, sans pieds ni bouche – achèvera de désunir l’équipage en orchestrant la séparation de leurs trajectoires, chacun s’affairant dans son coin à la résolution de ce qui l’occupe.

Cette désagrégation du collectif conduit le film sur son terrain le plus stimulant, là où la séparation des récits modifie l’appréhension des espaces, les angles s’accentuant, les recoins devenant inquiétants, l’abandon d’une veille technique du vaisseau pouvant se révéler fatal. Pour les personnages, l’autre n’est plus reconnaissable, n’est plus comme soi. Pour les cinéastes, ce sentiment conduit à la fin de l’humanité. Le récit multiplie les micro-évènements allant dans ce sens, telles que les conversations filmées avec la bombe intelligente, l’ancien capitaine mort, ou encore l’alien. Alors que plus rien ne relie les membres de l’équipage, le langage s’exporte, dans des conditions particulièrement absurdes, la plupart du temps sous la forme de monologues en direction de ce qui n’est pas humain. Les cosmonautes, eux, n’ont en fin de compte plus recours qu’à une forme automatisée de parole – échanges standards à leurs postes de commandes -, à leurs poings, à des armes. Ironiquement, le seul dont le film laisse entendre qu’il « s’en sort » est l’ancien capitaine décédé, filant en ligne droite à travers l’espace dans son cercueil refroidi au moment où tout le reste semble s’éteindre après une ultime explosion.
 
 

 
Dark Star
 de John Carpenter – DVD et Blu-ray édités par Carlotta – Disponible depuis le 22 janvier 2014.

Titre original : Dark Star

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Durée : 83 mn


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