Departures

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Le film ayant remporté cette année l’Oscar du meilleur film étranger est un petite pépite. Brillant, émouvant, Departures sait faire passer du rire aux larmes. Préparez quand même vos mouchoirs… juste au cas où.

Departures est une confirmation sociologique. Bon nombre de cultures dans le monde considère la mort comme un sujet tabou. Plus exactement : ici, c’est la préparation du défunt à son passage dans l’au-delà qui constitue un métier presque honteux. Daigo (Masahiro Motoki), en répondant à une annonce pour une entreprise « d’aide aux départs », s’attendait à travailler dans le tourisme. À la suite de l’éclatement de son orchestre à Tokyo, le jeune homme décide de partir avec sa femme dans son village natal. L’acceptation de ce travail, malgré quelques réticences  – il se gardera par la suite d’expliquer à son épouse la teneur réelle de son activité – est le fruit d’une réflexion concernant son avenir financier. Il faut savoir faire parfois des sacrifices…

De cet oubli de soi naîtra au fil des jours une vocation. Admirant la grâce avec laquelle son patron (Tsutomu Yamazaki) effectue la toilette et la « mise en beauté » des morts, Daigo réalise que la mise en bière est avant tout un acte d’amour, cadeau ultime offert à la famille du défunt. Les corps sont revêtus de leurs plus beaux kimonos, les visages retrouvent candeur et innocence. Malgré les larmes, tout est paisible, silencieux. Une mise en scène épurée apporte à ces moments douloureux une incomparable beauté, presque mystique et pourtant si réelle. Un dialogue avec les anges qui se fait dans le silence, dans la pureté de ces instants hors du temps rendant aux morts une vie au-delà de leur dernier souffle. 

Oscar du meilleur film étranger cette année, Departures est une œuvre réussie et intelligente. Au-delà de la problématique soulevée par ce nouvel emploi, c’est toute une philosophie de vie qui est mise en perspective. Dans la douleur, les personnages apprendront sur eux-mêmes, sur les autres. Ils laisseront de côté leurs idéaux mais ne renonceront pas à leurs rêves. Un cinéma de l’intime qui nous murmure des essentiels.

Titre original : Okuribito

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Durée : 131 mn


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