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Demain ?

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Une obscure et bavarde biographie.

La jeune Delmira écrit, aime un homme, râle après lui, s’éprend de tous les poètes qu’elle voit, hésite sur son mariage… Et la caméra tourne inlassablement autour des personnages. À part ça ? Rien ou pas grand-chose. Demain ? est visuellement un film magnifique. Le travail sur l’image d’André Szankowski (déjà directeur de la photographie sur Mystères de Lisbonne) est remarquable et confère une sorte d’hyperréalisme troublant au film. D’autant que Christine Laurent magnifie vraiment ses acteurs. Considérations ponctuelles et détachées de tout contexte ? Poussière de remarque ? Oui sans doute. Mais c’est tout à fait à l’image du film qui fait réellement peu cas de son spectateur.

Demain ? est un film solitaire, quasi autiste, claustré dans son propre monde et qui ne cherche absolument pas à communiquer avec son spectateur, à être lisible et compris par lui. À moins d’être connaisseur de la littérature uruguayenne – c’est peut-être dommage, mais c’est certainement le cas de peu d’entre nous – on ne comprendra donc pas qu’il s’agit en fait d’une libre fiction autour de Delmira Agustini, jeune poétesse féministe du début du XXe siècle dont l’assassinat par son mari avait marqué l’époque. Est-ce grave ? Ça pourrait ne pas l’être. Mais ce refus de transmission, cet enfermement sur lui-même du film en contamine, voire en empêche complètement l’accès. Malgré une passion sans doute sincère pour son sujet, il paraît ainsi bien difficile de s’attacher au film de Christine Laurent, réalisatrice mais surtout connue des cinéphiles comme scénariste de la majeure partie des films de Jacques Rivette depuis La Bande des quatre (1988) jusqu’au 36 vues du Pic Saint-Loup (2009).

 

Exclusion du spectateur qui n’est pas aidée par l’aspect très poseur du film et de la direction d’acteurs. Ça écrit dans Demain ?, mais ça parle aussi beaucoup et s’écoute parler. Un jeu volontairement non naturaliste n’est pas foncièrement un problème en soi. Mais à trop forcer la distanciation de toutes parts, le film en devient arrogant et verse, bien certainement malgré lui, dans une forme d’élitisme. C’est un mot qu’on hésite toujours à prononcer, mais le fait est qu’ici, hors l’appréciation purement esthétique, le film s’entête à ne vouloir parler qu’à un tout petit nombre de personnes. Et c’est regrettable car les idées de mise en scène ne manquent pas, feraient même mouche si elles n’étaient pas engluées dans la fatuité du discours (la belle scène de l’orage par exemple, tuée en deux phrases par le jeune couple). De même que la dimension féministe du personnage et de sa famille se devine, mais reste en suspens.

La dernière séquence, muette et ultra-stylisée, concentre toute la beauté et la capacité du film. Sur le mode burlesque, les personnages défilent en léger accéléré devant la caméra et c’est par le jeu des corps et des attitudes que sont rendues les relations entre les personnages. Il a fallu une très longue heure quarante pour en arriver à cette simplicité et cette clarté qui aurait dû être celle du film.
 

Titre original : Demain ?

Réalisateur :

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Genre :

Durée : 100 mn


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