Cinq films de la saga Frankenstein du studio Universal disponibles chez Elephant films.

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Derrière le masque terrifiant de la créature se cachent des monstres bien plus réels.

Adapté pour la première fois à l’écran en 1910 (une production Edison de 16 minutes), Frankenstein ou le Prométhée moderne, le roman  de Mary Shelley, conquit et effraya le public des salles obscures grâce à James Whale et son Frankenstein de 1933. Deux ans plus tard, Whale poursuit son histoire d’amour avec  le Monstre dans La fiancée de Frankenstein. En se focalisant sur la Créature, ces deux œuvres sont probablement l’origine d’une méprise – encore vivace aujourd’hui – sur le nom de Frankenstein, qui est, en réalité, celui du savant. À contrario, les cinq suites  toujours produites par Universal et rééditées par Elephant Films prennent une direction beaucoup plus conforme à l’esprit de Shelley. N’apparaissant que tardivement dans Le fils de Frankenstein (Rowland V. lee, 1938) ou restant dans l’ombre d’autres créatures comme dans La maison de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1944), le géant réanimé et recousu officie d’avantage comme un réceptacle ou un miroir grossissant de la folie horrifique des hommes. Comme la Créature et son démiurge, les films présentés ici s’enrichissent, se complètent et se contredisent. Deux diptyques émergent : Le fils de Frankenstein et Le spectre de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1942) placent l’atavisme des créateurs au cœur du drame, tandis que La maison de Frankenstein et Frankenstein rencontre le loup-Garou(Roy William Neill, 1943) posent un regard compassionnel sur l’immortalité imposée aux créatures. Et pour conclure le cycle, dans le plus pire style dAbbott et Costello, Deux nigauds contre Frankenstein (Charles Barton, 1948) se joue de tout cela, sans aucune retenue.

Hérédité

Peu ou prou, Le fils de Frankenstein et Le spectre de Frankenstein reposent sur le même canevas. Après avoir longtemps refusé de commettre l’irréparable – réparer le sort que nous réserve la nature -, le fils du célèbre savant, lui aussi soumis au serment d’Hippocrate, va vouloir se substituer à Dieu. Les deux versions se justifient et s’apprécient par leur différence d’ancrage. Le fils de Frankenstein, de loin le plus accompli de l’ensemble des cinq titres, s’inscrit dans le courant expressionniste allemand. L’atmosphère supplante l’action. Dans les intérieurs minimalistes aux géométries parfaites, les ombres surdimensionnées ne cessent d’exercer leurs mystérieux pouvoirs. Dans sa saillante tenue de S.S. le protecteur inspecteur Krogh ne peut plier son bras factice que pour des saluts mécaniques : le Mal a pris possession du foyer bien avant la résurrection du monstre annoncé par le titre. Conformément aux standards hollywoodiens, Le spectre de Frankenstein multiplie les péripéties dans un rythme soutenu en prenant soin de mettre en avant la resplendissante blondeur de son héroïne principale (Evelyn Ankers). Ici,  le corps médical n’est pas téléguidé par une force obscure mais  par une sincère croyance aux vertus du progrès scientifique. Rassurez-vous si les deux versions empruntent des chemins différents, ils se rejoignent dans leur verdict final.

 

Les maîtres des marionnettes

Pas davantage que le Monstre de Vasaria (Village de Frankenstein situé en Europe du nord) , le loup-garou n’aspire à errer éternellement dans un monde où il n’a pas sa place. Dans La maison de Frankenstein et Frankenstein rencontre le loup-Garou, les tentatives de Talbott (l’homme-loup) pour briser cette malédiction vont faire écho  au silence du monstre de Frankenstein. Mais à face à la démiurgie des hommes de science, les créatures ne restent que de simples marionnettes. Plus effrayant encore, sur leur chemin va venir se dresser un manipulateur bien plus pernicieux : l’homme de main du savant. Si dans La maison de Frankenstein, le prénommé Daniel n’est qu’une force de la nature meurtrière,  lorsqu’il se prénomme Ygor (Le fils de Frankenstein, Le spectre de Frankenstein), derrière ce physique de Quasimodo se révèle un nouveau Raspoutine. Campé par un Bela Lugosi – peu reconnaissable – qui prend visiblement beaucoup de plaisir dans un registre Commedia dell’arte, celui que la nature semble avoir laissé sur la touche va finalement tirer toutes les ficelles. Bien dommage qu’ Universal ne lui est pas fait l’honneur d’une série éponyme.

Autre plaisir, et pas des moindre, celui des chaises musicales auquel se livrent les Stars d’Universal Monsters. Bela Lugosi, en plus de son génial Ygor, se cachera derrière le masque de Frankenstein dans Frankenstein rencontre le loup-garou, pour enfin retrouver sa cape du prince des ténèbres dans Deux Nigauds contre Frankenstein. À trois reprises Lon Chaney Jr. portera toute la misère du monde dans la peau du lycanthrope, il aura aussi le privilège  d’être le géant ressuscité, dans  Le spectre de Frankenstein. Après sa troisième prestation sous le masque de la créature qui l’a rendu célèbre dans Le fils de Frankenstein, Boris Karloff deviendra son géniteur dans La maison de Frankenstein.

 

Deux nigauds contre Frankenstein, Le fils de Frankenstein, Le spectre de Frankenstein, La maison de Frankenstein, Frankenstein rencontre le loup-Garou  : 5 titres disponibles chez Elephant Films dans la Collection Cinéma Monster Club.

 

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