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Bouquet Final

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Bouquet Final, premier film de Michel Delgado derrière la caméra, est une comédie cynique ancrée dans le milieu des pompes funèbres. Malheureusement, elle loupe sa vocation : on est loin de mourir de rire !

Avant tout, rappelons que Michel Delgado est scénariste de films tels que La Vengeance d’une blonde, L’auberge Rouge, Les Soeurs Soleil, ainsi que du succès Ali Baba, série diffusée sur TF 1. Ce choix de rafraîchir les mémoires n’est pas envisagé sous l’angle d’une dévalorisation de sa filmographie. Au contraire, ce premier film derrière la caméra est accompagné d’un certain enthousiasme. Bouquet Final réitère-t-il la médiocrité des films pré-cités, ou s’en détache-t-il pour donner naissance à une bonne surprise ?

La surprise s’opère dès le début, par la caméra subjective embarquée par un parachutiste, avant de se rendormir dans sa pochette pour la suite du film… Bouquet Final partage les conventions télévisuelles, les lourdeurs scénaristiques et le goût pour le mauvais genre des films similaires. Cette fois-ci, pour changer des adaptations de bandes dessinés (L’enquête corse), ou des remakes dénaturés (L’auberge rouge), Michel Delgado s’immisce dans le milieu des pompes funèbres. Il y a décelé un business sinistre, peu humain et amoral, qui suppose le rire. Sourire de la mort est pourtant un pari risqué, qui dans ce cas ne choque pas la morale, mais ne fait pas rire non plus, ou rarement.

L’intrigue demeure, c’est le cas de la dire, au point mort. Un jeune musicien qui a autrefois préféré le piano au marketing se résigne à gagner sa vie. Il accepte le premier emploi venu et effectue un stage de formation dans la magasin de Gervais Bron, alias Didier Bourdon. Apprenant le métier, il est écoeuré par le cynisme de son patron et entretient ainsi une relation douce-amère avec lui. S’ensuit une succession de séquences où l’abondance des répliques insipides avec parfois de bons jeux de mots découpent la forme du film. La réalisation est plate, les plans d’un classicisme sans ambition. Pour rehausser cette comédie de situation, rien de mieux, pour sous-entendre une richesse de genres, que de distiller une histoire d’amour entre la version québéquoise de Gaspard Ulliel (mais sans l’accent – il s’agit de la révélation de Crazy, Marc André Grondin), et Bérénice Bejo. Les péripéties de cette romance arrivent comme un cheveux sur la soupe, déroulant le schéma classique de A à Z, mais en omettant toutes les autres lettres, les étapes d’une relation amoureuse naissante. Ils s’aiment, se le cachent, se séparent,  mais au final, se marient et ont des jumeaux. A l’image de cette réduction grossière, le personnage de Didier Bourdon est sauvé de son statut de gérant bourru et acariâtre dans un ajout inutile et lacrimal d’une histoire supposée touchante. Une fois le schéma compris, résumé à un enchaînement de défunts interrompu par un quiproquo, le film peut se dérouler pendant de longues minutes et ne pas perturber un encéphalogramme plat.

Que dire, sinon qu’il existe bien heureusement de meilleurs films français !

Titre original : Bouquet Final

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