Albatros

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Aujourd’hui, beaucoup plus que dans un passé pourtant proche, la présence en salle d’un film se compte en un petit nombre de semaines. Heureusement, les sorties DVD prennent rapidement le relai, une très bonne occasion de découvrir dès le 9 mars Albatros, le dernier film de Xavier Beauvoir.

Accumulation de preuves

Un suicidé et une affaire de pédophilie intrafamiliale viennent s’ajouter aux petits-faits divers quotidiens qui témoignent d’une déliquescence certaine du Pays de Caux, synecdoque d’une certaine France rurale qui se retrouve laissée sur le bas-côté. Les lendemains difficiles qui concernaient hier les seules classes populaires menacent aujourd’hui notre classe moyenne, et encore plus fortement le milieu paysan. Dans ce monde fragilisé, la mission des gendarmes dépasse largement le simple maintien de l’ordre, il faut surtout réparer les vivants qui veulent encore l’être et surveiller ceux qui n’attendent plus rien de la vie. La première partie du film prend (peut- être un peu trop) soin de multiplier les exemples, déjà vus par ailleurs, des détresses que doivent gérer les dévoués et souvent désarmés gens de bien. Mais l’hommage de Xavier Beauvois vaut par sa sincérité et  sa modestie. Des qualités -ou  des faiblesses- que l’on retrouve chez Laurent, le commandant de Brigade, qu’un Jérémie Renier incarne avec son ardeur habituelle. La problématique de la  porosité entre la vie privée et la vie professionnelle surgit forcement lorsque Laurent sent qu’il ne pourra pas gérer une affaire impliquant une de ses « vieilles » connaissances.  Auteur involontaire d’un acte irréparable,  le commandant va alors flotter dans les brumes de la culpabilité. Plongeant ainsi le récit dans une réflexion au caractère ontologique et mystique.

Un Homme et des Dieux

Après son inexcusable faux-pas, pour savoir si continuer à vivre peut encore avoir du sens, le commandant mis en examen décide de prendre la nature comme juge suprême. Embarquant seul sur son bateau pour affronter le courroux d’Éole ou celui d’un autre Dieu qui pourrait lui dicter une issue. Dans Des Hommes et des Dieux (2010), Xavier Beauvois abordait la notion du sacrifice religieux en se plaçant du côté des victimes, dans Albatros, la musique liturgique accompagne le parcours vers la lumière d’un missionnaire du bien devenu coupable. La mise en scène de la deuxième partie du film fait ainsi l’allégorie du silence humain, seul le souffle des éléments trouvant un écho légitime. Livré à lui-même, en plan serrés pour souligner sa souffrance, mais le plus souvent en plans larges pour accentuer son sentiment d’impuissance, Laurent affronte ses propres démons intérieurs. Bien plus qu’un tourbillonnant chemin de croix vers une possible rédemption, c’est le sens de la vie, le rapport à la nature, au sensible, que la superbe photographie de Julien Hirsch met brillamment en lumière. Un pèlerinage qui nous demande d’abandonner durant un instant nos rassurants oripeaux  de païen pour reprendre espoir et croire à des lendemains moins sombres.

 

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Durée : 115 mn


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