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A ceux qui nous ont offensés

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Portrait d’une communauté de hors la loi dans le sud ouest de l’Angleterre, qui vaut surtout pour l’interprétation de ses acteurs.

Une voiture dévale une colline verte de la région des Cotswolds, au sud-ouest de l’Angleterre. Quelques membres de la famille Cutler, par le biais de ce véhicule en roue libre, signalent à la fois la liberté et l’emprise qu’ils ont sur ce petit bout de terre. Qu’il en ait le droit ou non, Chad Butler (Michael Fassbender) roule à toute allure, donnant des émotions à ses jeunes enfants assis dans la voiture, Tyson (Georgie Smith) et Mini (Kacie Anderson). Cette belle et vive séquence d’ouverture d’A ceux qui nous ont offensés traduit bien le mélange qui va être à l’œuvre : des coups de tension, d’à coups, à travers l’histoire de cette famille de hors-la-loi nomades, des braquages en voiture de Chad ; et l’intimité de la vie de sa famille, qui revêt parfois le costume de fiction sociale anglaise.
 

Vie nomade contre « gorgies »

En marge de la société, les Cutler forment un clan à la vie nomade. Colby (Brendan Gleeson) règne en maître très autoritaire sur la famille, alors que son fils Chad menace de quitter leur caravane pour installer sa femme Kelly (Lindsay Marshall) et leurs enfants dans une maison ailleurs, provoquant chez son père ire et menaces. Les Cutler ne doivent pas vivre comme les « gorgies », mot du dialecte du coin qualifiant ceux qui ne sont pas des « gypsies ». C’est cette rupture voulue par Chad afin de protéger sa famille et de permettre à ses enfants d’avoir une scolarité normale qui détermine les deux pendants de l’oeuvre : sa matière de film de genre d’un côté et sa chronique sociale de l’autre. Un défi paradoxal pour Chad, qui fait vivre les siens en enchaînant les braquages. C’est dans ce parallèle que se déroulent les scènes d’action, rejouant avec violence et fronde la scène de liberté inaugurale du long métrage. Conducteur talentueux, Chad se joue de la police en ajoutant de l’adrénaline à toutes les cascades que lui demandent ses braquages. Dans ces moments, le film s’enduit des codes du genre, le montage et les poursuites en voiture se font véloce, la bande musicale joue des notes tendues. Ce mélange des genres, s’il se dote d’une forme de spontanéité sensible, ne fonctionne qu’à moitié, comme si le cinéaste réuississait à donner un souffle personnel à son oeuvre mais peinait à déterminer à trouver le sens de ce qu’il cherche à montrer à l’écran.
 

Par certains aspects, l’oeuvre peut faire penser à La BM du Seigneur (Jean-Charles Hue, 2011) :  les deux films partagent le même souci de portraiturer une communauté de gens du voyage, leur finesse reposant beaucoup pour chacun sur la justesse des personnages à l’écran. Qu’il s’agisse de Michael Fassbender, de Brendan Gleeson, ou des enfants du film, tous marquent par leur interprétation vivante et sensible, incarnée, à laquelle s’ajoute une langue locale, un dialecte anglais personnalisant l’univers que le cinéaste filme, lui donnant du relief. Dans La BM du Seigneur, c’est la Révélation que vivait Frédéric Dorker, qui servait de moteur de sens au film : à sa crise du sens, son bouleversement existentiel et mystique, correspondait la profondeur de ce qui se jouait à l’écran, son identité complexe et questionnante. C’est sans doute ce qu’il manque à A ceux qui nous ont offensés : un enjeu qui crée du sens, quel qu’il soit, et qui n’ait pas à reposer seulement sur ses personnages et le portrait de leur environnement.

Titre original : A ceux qui nous ont offensés

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Durée : 109 mn


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