Week-end royal

Article écrit par

Comédie hilarante sur les travers des grands de ce monde.

Les historiens feront peut-être la moue et sans doute avec raison. Mais que nous importe en fait que ce film soit vraiment historique ? Le point de vue du réalisateur – Roger Michell, fils d’un diplomate anglais né en Afrique du Sud et à qui l’on doit entre autres Coup de foudre à Notting Hill (1999) et Morning Glory (2011) – et du scénariste – Richard Nelson, auteur de théâtre pour la Royal Shakespeare Company – n’est certes pas de nous faire un cours sur l’entrée en guerre des États-Unis à la demande de l’Angleterre, mais vraisemblablement de nous divertir intelligemment en nous montrant les petits travers des grands de ce monde. Le réalisateur le confia lui-même au Frankfurter Zeitung en juin 2012 : « Le très habile scénario de Richard Nelson juxtapose le privé et le public, le domestique et l’épique. L’ampleur d’évènements colossaux et le pouvoir persuasif de personnalités imposantes rivalisent pour influer sur le cours de l’Histoire ».

À la manière de The Queen (Stephen Frears, 2006) ou de Le Discours d’un roi (Tom Hooper, 2011), Week-end royal entre de plain-pied dans une Histoire mondiale par l’intime : la rencontre entre le président américain en exercice, Franklin D. Roosevelt (qui prend vie grâce à l’interprétation géniale de Bill Muray et deviendra pour les jeunes et moins jeunes autre chose qu’une station de métro parisienne), et le couple royal anglais qui débarquait pour la première fois aux États-Unis. La scène se passe dans la propriété campagnarde Hyde Park on Hudson des Roosevelt et met en situation comique des personnages qui tiennent le monde dans leurs mains et qui sont obligés, pour un week-end, d’apprendre à mieux se connaître et à se montrer modestes pour certains.

On sait en effet, depuis Le Discours d’un roi, que George VI était bègue et le voici accompagné de son épouse Elizabeth (la queen mother d’Elizabeth II), et un peu contre son gré, à demander discrètement à Roosevelt et aux États-Unis de les soutenir lorsqu’ils vont entrer en guerre contre l’Allemagne nazie. On voit que l’heure est grave. Cette Deuxième Guerre mondiale fera des millions de morts et donnera lieu à des atrocités. Il est quelque fois intéressant de voir l’Histoire par le petit bout de la lorgnette. Le monde va à sa perte, Roosevelt et les États-Unis n’ont alors nullement l’intention de se mêler encore une fois d’une guerre en Europe et le Président, paralysé par la polio, est un homme à femmes qui, en cet été 1939, semble davantage intéressé par sa relation avec sa cousine Daisy (à qui il lèguera d’ailleurs sa maison et une partie de sa fortune). On se demande, comme dans la théorie du battement d’ailes du papillon, quel aurait été l’avenir du monde si Roosevelt n’avait pas autant sympathisé avec George VI qu’il considère, tout au long du film du moins, un peu comme son fils. Ce qui attendrit le roi qui lui se sentait méprisé par son propre père.

 

La reine d’Angleterre a alors tout intérêt à oublier l’étiquette rigide de son Empire pour se soumettre gracieusement aux extravagances du couple présidentiel américain, et abandonner le mépris que les Anglais ont toujours eu pour les Américains qu’ils prenaient alors pour des ploucs. Le film devient alors très drôle lorsqu’il met en parallèle le comportement décontracté du couple présidentiel américain (Roosevelt, comme un nabab débonnaire et un peu alcoolique, entouré de sa mère, son épouse et ses favorites) et le côté snob et coincé, mais toutefois sympathique, du couple royal. Impossible de ne pas résister à certaines scènes choc : celle où la first lady refuse de faire la révérence au couple royal et demande à Elizabeth si elle peut l’appeler par son prénom ; ou bien lorsque la reine retient sa capeline lorsque Roosevelt les conduit à tout berzingue dans sa voiture décapotable ; ou encore lorsqu’elle apprend que, pour le pique-nique, on leur servira des hot dogs. Et puis le spectacle folklorique des Indiens ennuyeux et caricatural vous fera certainement plus que sourire, tout comme le couple royal à sa fenêtre observant comme dans une pièce de Molière les aventures galantes du Président avec sa secrétaire dans le parc de la propriété.

Servi par des acteurs en super forme, Week-end royal est un film intelligent et sensible, comique et divertissant sur une période pourtant particulièrement déprimante. La guerre est là en Europe, les États-Unis ne sortent toujours pas de la récession, mais le pays semble tenu par un homme fort et délirant à la fois. À ce sujet, il faut lire ce que pense Bill Murray de son modèle : « Roosevelt est l’un des personnages les plus formidables que j’aie jamais interprétés. Cette histoire, que je ne connaissais pas, montre le côté humain de ce grand homme ». C’est à peu près ce que le spectateur pensera aussi, même si ce Président, ici si sympathique et jovial, n’avait pas non plus que des qualités, dit-on. Mais qu’importe, on rit beaucoup des travers des grands de ce monde, et cela fait du bien en ces années troublées et trop politiquement correctes que nous connaissons actuellement.

Titre original : Hyde Park On Hudson

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.