Une vie difficile (1961)

Article écrit par

Ce film raconte l´histoire d´un ex-résistant idéaliste nommé Silvio Magnozzi, interprété par Alberto Sordi. Ce rôle est assez atypique pour Sordi, qui ne joue pas cette fois un personnage vil, je-m’en-foutiste, mais un homme qui s´est battu pour un monde nouveau, ayant confiance dans les valeurs qui l´ont poussé à agir.

De la résistance au boom économique. Risi (grâce à son magistral scénario) raconte l’histoire de l’Italie et des Italiens dans un monde nouveau qui récompense seulement les arrivistes et les personnes sans scrupules. Dans ce monde, Magnozzi sait qu’il est un loser et, après une lutte avec lui-même, se rend en niant sa propre identité. Le finale optimiste est là plus pour rassurer le spectateur avec la catharsis du personnage que pour raconter l’histoire d’un pays qui n’a pas tellement changé depuis. Vingt-ans de la vie de l’Italie sont racontés dans ce film amer qui est une des plus intéressantes réalisations de Risi. Aucune célébration, très peu d’optimisme, encore moins d’enthousiasme. Comédie à l’italienne typique, Une vie difficile montre comment le genre « comédie à l’italienne » peut valoir à la fois comme documentaire et satire. Sordi y est excellent, et la Massari parfaite.

Il ne manque ni rhétorique ni banalités dans la description des personnages, mais les facettes comiques et grotesques sont impeccables et très pertinentes, notamment dans la description de l’après-guerre. Le « commendatore » Bracci (Claudio Gora) est une figure haute en couleurs : une espèce de symbole de la corruption au visage propre avec son empire de journaux et d’arrogance. Impossible bien sûr ne pas penser à l’Italie d’aujourd’hui, où les journaux et la corruption ont trouvé dans les télévisions et la politique leur achèvement par l’intermédiaire d’un homme politique encore plus comique (ou tragique, selon les points de vue) que l’on n’a pas besoin de nommer. L’aigreur qui traverse l’histoire comme une implicite et muette protestation contre la malhonnêteté prévaut quelquefois sur le détachement de la satire et la précision de l’analyse. Sordi est le point d’équilibre de toute l’histoire.

La très longue séquence finale, les crachats lancés contre les voitures sur le boulevard, annonce la défaite d’une Italie sortie pleine d’espérance de la guerre. Certaines séquences de ce film constituent les plus célèbres du cinéma italien. En voici une entre mille : Magnozzi, saoul, interpelle un pasteur par ces mots : « Dis-moi, tu es heureux ? » et la réponse sèche du pasteur : « Va-t-en charogne », réponse qui nous met devant la solitude d’un homme qui a essayé de ne pas se faire acheter par les appâts de la corruption et se voit finalement mis à l’écart par un homme pur (selon la littérature), à savoir le pasteur.

Titre original : Una vita difficile

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 120 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..