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Tom Horn (William Wiard, 1980)

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Beau western crépusculaire méconnu et magnifique adieu à l’écran de Steve McQueen.

Le western américain des années 70 aura marqué entre autre par sa volonté de déboulonner la mythologie de l’Ouest, notamment en offrant un visage peu reluisant de ces figures les plus emblématiques. Le fossé entre cette idéalisation passée et le regard plus lucide et critique récent est évident lorsque l’on met en parallèle diverses œuvres. Sous les traits d’Errol Flynn, le Général Custer était une figure d’héroïsme absolu dans La Charge fantastique de Raoul Walsh (1941), quand trente ans plus tard ses méfaits sanglants envers les indiens sont dévoilés dans Little Big Man qui le ridiculise allégrement. On peut également citer Jesse James qui dans Le Brigand bien-aimé (1939) d’Henry King symbolisait une figure juvénile et romantique de rébellion avant d’être renvoyé à sa condition de hors la loi dans des films de plus en plus acerbes, que ce soit le remake de Nicholas Ray, Le Gang des frères James (1980) de Walter Hill ou le plus récent et somptueux L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2006).

 

 

 

Le film de William Wiard s’inscrit dans cette tendance et adapte la vie du véritable Tom Horn, légende de l’Ouest aux multiples exploits dont la capture de Geronimo. Situé au début du XXe siècle, le scénario nous montre un Tom Horn (Steve McQueen) complètement déphasé, véritable vestige d’un Ouest révolu et basculant dans la modernité. Ce sentiment de décalage est traité tout d’abord de manière comique, notamment lors d’une scène où il s’avère bien incapable de déguster du homard lors d’un dîner ou bien encore lorsqu’il reçoit une sévère correction du boxeur Jim Corbett (immortalisé par Errol Flynn dans le Gentleman Jim de Walsh), montrant ainsi les sportifs comme les nouveaux héros des temps modernes face aux légendes de l’Ouest dépassées. La première partie nous montre Horn chargé par de riches propriétaires d’éradiquer les voleurs de bétail de la région. On saisit toute l’ambiguïté du personnage avec une série de tueries sanglantes où Tom Horn décime brutalement les voleurs, spectre quasiment indestructible ancré dans une époque où la loi du plus fort et du plus rapide prévalait sur tout. On sent à quel point il s’est éloigné de l’humanité lorsqu’il abat avec une violence inouïe un adversaire qui avait tué son cheval.

 

 

 

Finissant par être gênant, il voit ses commanditaires se retourner contre lui dans une seconde partie surprenante par son ton introspectif. Tom Horn, trahi et fait prisonnier, médite à sa liberté perdue et à la nature auxquelles il est tant attaché et qu’il ne reverra jamais. Steve McQueen offre une de ses plus belles prestations, parvenant tout autant à exprimer le caractère simple de cet homme qu’à lui conférer la présence menaçante de tueur sans remord et craint de tous. Le film prend une dimension plus touchante encore mettant en parallèle la situation de Tom Horn et celle de son interprète. Déjà très atteint par la maladie, les traits tirés (on le sent à bout de force à de nombreuses reprises dont une scène d’évasion où il se fait rudoyer), le chant du cygne de Tom Horn au monde moderne est autant celui de Steve McQueen à celui du cinéma (c’est son avant dernier film), renforçant encore l’émotion que dégagent les derniers instants du film. La carcasse fatiguée de l’acteur se prêtant malheureusement si bien à l’usure de son personnage.

 

 

 

La mise en scène de William Wiard s’avère efficace et énergique dans la première partie avec une utilisation assez judicieuse du ralenti et du zoom tant honni, et remarquable de sobriété et de retenue dans la seconde partie plus posée. Etant donné la filmographie anecdotique de Wiard (quelques séries tv dont des épisodes des Deux font la paire) on peut soupçonner McQueen d’être le véritable réalisateur du film, s’étant déjà plié à l’exercice à l’époque de la série Au nom de la loi et connu pour ses velléités interventionnistes (Peckinpah put en témoigner sur Guet-Apens). Plutôt que son anecdotique (mais sympathique) dernier film Le Chasseur, c’est donc dans ce Tom Horn qu’il faut voir le véritable testament cinéma du grand Steve McQueen. C’est un film bien de son temps et précurseur, que ce soit les superbes paysage montagneux du Wyoming évoquant Pale Rider, le ton désenchanté et la démythification de l’Ouest annonçant Impitoyable .

Titre original : Tom Horn

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Durée : 98 mn


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