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The Place Beyond the Pines

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Le réalisateur de « Blue Valentine » revient avec un film remarquable, beau et sensible où une caméra empathique suit les trajectoires de quatre personnages sur plusieurs années.

Notez ce nom, Derek Cianfrance, car ce réalisateur ira loin. À bientôt quarante ans, cet Américain met en scène, avec The Place Beyond the Pines, son troisième long métrage après Brother Tied (1998) et le très remarqué Blue Valentine (2010). Avec l’aide de Ben Coccio, qui s’est inspiré de la ville où il a passé la majeure partie de son enfance, ils ont tous deux rédigé un scénario magnifique, dont les trois parties fonctionnent selon un principe de progression et de transmission d’un personnage à l’autre, d’un brigand à un flic, d’un père à son fils. Les premiers plans, tournés derrière l’épaule de Ryan Gosling à la façon de Mickey Rourke dans The Wrestler (Darren Aronofsky, 2009), avec en arrière-plan une fête foraine floutée, rappellent que Derek Cianfrance a gardé de son travail documentaire (entre autres sur le groupe Run-D.M.C. ou sur le rappeur américain Sean Combs), durant les années 2000 à 2010, un goût certain pour la proximité des corps et un sens aigu de la psychologie. Ces deux leitmotiv sont essentiels car ils constituent la matière première du film, sa substantifique moelle, celle à partir de laquelle se déroule une triple trajectoire humaine, filiale et sociale.

Immuable et atemporelle, la ville de Schenectady est le centre névralgique des évènements, l’astre autour duquel se déploient les trajectoires elliptiques des mondes-personnages. Cette commune de l’État de New York est indifféremment grande ou petite, étroite ou étendue, comme c’est souvent le cas des villes américaines, dénuées de centre aussi bien que de périphérie. On peut la parcourir longuement sans en atteindre le bord. Celui qui y naît y reste. Celui qui y est entré une fois ne parvient plus à la quitter, à l’image de Luke Clanton (Ryan Gosling), extraordinaire motard qui accompagne une troupe de casse-cous de fête foraine, découvrant que son amourette d’un soir avec Romina (Eva Mendes), quelques années plus tôt, a eu pour conséquence un nourrisson bien portant, et refusant dès lors de fuir ses responsabilités inattendues et de quitter Schenectady. En cherchant un moyen de subvenir à leurs besoins, il accepte le plan de Robin, un garagiste bohème du coin, consistant à braquer des banques avant de filer à toute berzingue sur sa moto. Jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’un policier fraîchement sorti de ses études de droit, Avery Cross (Bradley Cooper), lors d’une course-poursuite haletante dont la conclusion va profondément marquer l’existence de ce débutant idéaliste, ainsi que celle du fils de Clanton.
 
  

 
   
15 ans de solitude

Difficile de souligner les grandes forces du film sans en révéler un peu trop et risquer d’atténuer, même infiniment, le plaisir du spectateur. Néanmoins, ce n’est pas trop en dire que de remarquer que ces grandes forces puisent dans une interaction remarquable entre la psychologie fouillée des personnages, du braqueur de banque charmeur au policier intègre confronté aux dérives de ses collègues, et la mise en scène pointue de Derek Cianfrance, privilégiant la contiguïté des visages et des corps. Cette interaction résulte en une profonde empathie générationnelle à la fois enthousiasmante (le film se poursuit là où les autres s’arrêtent, en allant au-delà de l’histoire individuelle) et terriblement déprimante, tant la structure infernale du récit nous amène à reconsidérer la portée de chacun de nos actes. Ces vies mises bout à bout s’enfilent en spirale à la manière des générations successives du roman de Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude (1967), ici resserré en quinze années, au cœur d’une ville-univers qui s’apparente parfois à la Macondo du romancier colombien. En ce sens, l’épilogue du film, fondamental pour la cohérence du récit, dessine un horizon d’espoir : en quittant enfin Schenectady, un personnage finit par briser la malédiction sociale propre à la ville.

De son récit, Derek Cianfrance propose au moins deux lectures. La première est poétique et psychologique : ce lieu mystérieux, « au-delà des pins », pointé par le titre, est un endroit particulier situé dans les bois où Avery Cross est emmené, dans le dernier tiers du récit, pour y trouver sa rédemption filiale. La seconde est sociale : ce beau titre, tiré du nom iroquois de la ville de Schenectady, la symbolise tout entière comme environnement social et humain où les protagonistes se définissent moins par leur caractère qu’ils n’incarnent des trajectoires sociétales exemplaires. Le fait que les scènes aient été tournées pour la plupart dans les lieux authentiques de Schenectady (banques, hôpital) favorise cette seconde lecture, et rejoint cette constatation que Cianfrance a su mêler à une dose exacte de poésie visuelle le meilleur de l’humain.

Titre original : The Place Beyond the Pines

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Durée : 140 mn


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